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Droits des personnes LGBTI : entre avancées et possibles régressions

par Mauricio Noguera, décembre 27 de 2018.

Droits des personnes LGBTI : entre avancées et possibles régressions

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par Mauricio Noguera

Une décennie de luttes s’est traduite par la conquête de droits basiques, mais il y a de nouveaux défis et le gouvernement de Duque pourrait freiner ce processus.

8 juillet 2018

Article tiré de Razón Publica

(Temps de lecture estimé : 5-10 minutes)

(…)

Aujourd’hui en Colombie, il existe la possibilité d’adoption conjointe, le congé maternité et paternité, et certains groupes de juges et notaires sont prêts à reconnaître ces familles homoparentales en tant que familles.

C’est dû à la transformation substantielle qui a eu lieu au cours de la dernière décennie car, en 2007, l’existence de couples du même sexe n’était pas reconnue et les EPS refusaient de les affilier en tant que bénéficiaires du système de santé.

Cependant, ces garanties ne sont pas pour tous ni toutes. Cette dernière année a prouvé que nous étions dans un moment de transformation en ce qui concerne la reconnaissance des droits des personnes LGTBI. Des voix se font entendre dès les marges de la société et en dehors des villes comme par exemple ceux qui ne veulent pas se faire désigner par un simple sigle.

Le nouveau gouvernement est-il prêt à assumer ces changements ?

Les avancées

Au cours de 2017 et 2018, les entités centrales et départementales de l’État ont consolidé un processus d’institutionnalisation des droits des personnes LGBTI. Ce processus paraissait très loin en 2006 car à ce moment-là on parlait uniquement des programmes, des politiques et des fonctionnaires LGTBI à la mairie de Bogotá.

Aujourd’hui, diverses entités nationales ont des équipes et des rapports spécialisés sur les des droits de la communauté LGTBI. Le Bureau de Défenses du Peuple, le Centre National de Mémoire Historique, la Médecine légale, le Ministère de l’Intérieur, le Ministère de la Santé, ainsi que la Police Nationale ou l’Institut National Pénitentiaire et Carcéral, ont mis en place des actions en rapport avec ces thèmes, même si leur réussite et efficacité sont objet de discutions.

(…)

Dans tout ça, le Décret 762 de 2018 du Ministère de l’Intérieur mérite une mention spéciale car, après plus de huit ans de travail, la Politique Publique Nationale LGTBI a été approuvée : un ensemble de normes qui organise les principes et les orientations et créé un Groupe Technique pour la Garantie des Droits des Secteurs Sociaux LGTBI.

(…)

À présent se pose la question de la création de groupes de travail spécialisés et, surtout, l’existence un agenda ambitieux dont la force se trouve dans sa formulation, mais qui n’est pas visible dans le document final.

Des garanties au-delà du centre

La mobilisation de la communauté LGTBI au cours de la dernière année a eu un grand impact sur la reconnaissance de ses droits, la diversification des espaces de présence des secteurs LGTBI et la variété des voix qui ont fait contrepoids à ce qui avait été, jusqu’alors, un mouvement profondément lié à un activisme juridique centré principalement sur les droits des couples du même sexe.

La présence de Youtubers, journalistes, caricaturistes et artistes qui parlent ouvertement de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre et expriment des positions critiques sur la discrimination de manière plus attractive sur les réseaux sociaux, a aussi eu une incidence sur la perception de la communauté.

(…)

L’activisme LGTBI des provinces a été fondamental pour signaler que les garanties obtenues dans les grandes villes ont été limitées. Les droits reconnus par la Cours Constitutionnelle ne se traduisent pas obligatoirement dans le traitement digne et respectueux de la part des fonctionnaires publics dans les régions.

De la même façon, des aspects de la vie quotidienne locale sont méconnus dans les centres du pays et affectent les personnes qui transitent hors des définitions classiques du sigle LGTBI. Par exemple, certains rapports journalistiques, qui abordent l’intersection de l’être indigène et la non-identification avec les rôles masculins-féminins traditionnels et l’hétérosexualité, permettent que nos perspectives s’amplifient à propos des implications de vivre dans l’environnement rural colombien, et de donner également un nouveau sens au sentiment indigéniste.

Droits des personnes Trans

Bien que la lutte des personnes trans ait toujours fait partie de la défense des droits de la communauté LGTBI, l’agenda juridique a été accaparé en majorité par l’activisme gay et lesbien.

C’est intéressant car, à la Cour Constitutionnelle, la première des sentences obtenue par la lutte pour les droits des personnes trans, a été le cas de Pamela, une femme trans de Cali qui sollicitait en 1993 un changement de nom qui lui avait été refusé.

En 2015, en plus du changement de nom, le changement de sexe dans le registre civil des personnes trans a été garanti par le Décret 1227 de 2015. En 2017, le changement de sexe enregistré incluait les mineurs, évitant ainsi les cas où les parents pourraient faire obstacle au processus de construction identitaire avec l’accord du Service de Registre National d’État Civil.

Aujourd’hui nous constatons le positionnement de femmes trans au sein de différentes sphères :

  • La directrice Brigitte Baptiste de l’Institut Humboldt ;
  • Les professeurs trans dans les universités de la Javeriana ou la Pédagogique ;
  • Les fonctionnaires départementaux comme ce fut le cas il y a peu à Bogotá D.C et Nariño ;
  • Les activistes trans qui avec leur dénonciation locale ont attiré l’attention sur la violence qui ne cesse pas contre ces femmes comme à Chaparral (Tolima), ou dans le quartier de Santa Fe de Bogotá.

Ces nouveaux leaderships ont eu des impacts au-delà des frontières colombiennes. Par exemple, la défenseure des droits des femmes trans Katalina Ángel a développé son travail avec le Réseau Communautaire Trans du quartier de Santa Fé de Bogotá. En mai de cette année les situations de personnes LGTBI privées de liberté dans les Amériques ont été présentées devant la Commission Interaméricaine des Droits Humains. C’est en partie dû à leurs expériences personnelles face à la violence carcérale et, en grande partie, à son travail de diffusion des droits dans les prisons avec d’autres femmes trans.

La fragilité du futur

La consolidation des droits des couples de même sexe, son institutionnalisation, la diversification des activismes et, en particulier, le renforcement de l’activisme trans, paraissent être la garantie d’un futur prometteur pour la communauté LGTBI, cependant, le futur est menaçant et les conditions actuelles du pays rendent compte de la fragilité des acquis.

Bien qu’en 2017, beaucoup d’entre nous ont célébré la déroute du référendum qui cherchait à interdire l’adoption par des couples du même sexe et qui affectait même les individus hétérosexuels, l’arrivée d’Ívan Duque à la présidence avec Viviane Morales, soulève un risque pour les droits des personnes LGTBI actuellement reconnus.

Ceci sans compter la présence de l’ex procureur destitué Alejandro Ordóñez, qui durant l’exercice de son mandat a attaqué par voies juridiques les avancées concernant la garantie des droits de cette communauté.

D’autre part, l’absence de propositions et les références de Duque au sujet des personnes LGTBI, contrastent avec ses quelques rares prononciations sur ce thème. Duque a seulement parlé de protéger les droits patrimoniaux pour les couples du même sexe, mais il a aussi limité ses prononciations à un aspect qui, au sein du spectre des droits des personnes LGTBI, est minimal.

Son parti politique a déjà commencé les attaques contre les victimes LGTBI du conflit armé. Pas satisfaits d’avoir fait pression délibérément pour que le sigle LGTBI soit éliminé des accords de paix, le Centre Démocratique, au travers de la sénatrice Paloma Valencia, a récemment sollicité l’élimination du sigle dans le texte de loi de la procédure de la Juridiction Spéciale de Paix.

Nous ne connaissons pas encore le rôle d’Ordóñez et de Morales dans le gouvernement de Duque, mais les actions initiées au Congrès par Paloma Valencia contre la dignité des victimes LGTBI dans le conflit armé, montrent clairement que toutes les avancées sont en danger :

  • La politique LGTBI nationale peut être détruite ;
  • Dans le contexte actuel de violence contre des dizaines de défenseurs des droits humains dans le pays, les activistes dans les provinces courent un risque ;
  • Les luttes trans, qui commencent à avoir une voix plus importante, peuvent être réduites au silence par l’unanimisme homophobe et transphobe qu’entoure le gouvernement entrant.

Ce sont des avancées importantes avec un risque énorme, qui nécessitent la continuité du leadership trans, ainsi qu’un plus grand engagement institutionnel et une forte mobilisation sociale.

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