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Justice Transitionnelle

Les attaques contre la JEP plongeraient la Colombie en guerre

par James Patrick Jordan, mars 14 de 2019.

Les attaques contre la JEP plongeraient la Colombie en guerre

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par James Patrick Jordan

La JEP a été victime d’attaques continues de la part des opposants au processus de paix.

La JEP (acronyme castillan pour Jurisdicción Especial para la Paz signifiant en français Juridiction Spéciale pour la Paix) a été victime d’attaques continues de la part des opposants au processus de paix. Accusations injustifiées, menaces, investigations contre des membres de l’entité cherchent à délégitimer son travail, pourtant primordial pour la mise en place d’une paix durable et stable en Colombie.

Par : James Patrick Jordan

30 octobre 2018 

Article tiré de El Turbión.

Photo : Wikimedia

Dans ce qui est une attaque effrontée aux accords de paix en Colombie, le procureur général Néstor Humberto Martínez a accusé Martha Lucía Zamora, July Henríquez et Ernesto Caicedo, fonctionnaires de la Juridiction Spéciale pour la Paix (JEP), d’avoir falsifié des documents et d’avoir profité de leur position pour faciliter le passage à la clandestinité d’Ivan Márquez (membre de l’ex secrétariat de la guérilla des FARC) et d’autres anciens insurgés et négociateurs de paix. Les défenseurs des droits humains n’hésitent pas à qualifier ces accusations d’« absurdes ».

La disparition de Marquéz et d’autres anciens insurgés de la vie publique a eu lieu après avoir senti qu’ils ne disposaient pas des garanties judiciaires minimales dans leurs processus. Le 10 octobre dernier, les Nations Unies ont assuré que 74 ex-guérilleros des FARC ont été assassinés depuis la signature des accords de paix en novembre 2016 et de nombreuses sources démontrent que plus de 400 défenseurs des droits humains et leaders sociaux ont été assassinés depuis le début de 2016, la majorité de ces assassinats restent dans l’impunité.

Au cours de la dernière période électorale de 2018, différentes organisations de gauche et du centre, parmi lesquelles le nouveau parti légal de la Force Révolutionnaire Alternative du Commun (FARC), ont été menacés et ouvertement attaqués durant toute leur campagne. Les menaces ou montages judiciaires pour extrader des ex-guérilleros aux États-Unis constituent une série de violations aux accords de paix.

Tout ceci à soulever un énorme défi quant à la confiance qu’ont les anciens insurgés dans ce qui a été signé. Alors que la FARC a tenu parole et appliqué à 100% les compromis auxquels elle s’était engagée durant les négociations, le gouvernement colombien a lui seulement mené à bien 20% de ses obligations. 

Ces accusations contre des fonctionnaires de la JEP rentrent dans le cadre de cet objectif. L’instance judiciaire s’érige comme principal obstacle légal à l’extradition d’anciens insurgés vers les États-Unis et maintient de rigoureuses mesures, apparaissant dans ce qui a été signé. À propos de la libération de prisonniers politiques et prisonniers de guerre, la JEP, en étant la pierre angulaire de la légalité des accords, s’est attirée la haine des ennemis de la paix en Colombie; avec en chef de file, l’Ex-Président Alvaro Uribe Velez. A plusieurs reprises, il a exprimé son refus de la JEP. Par exemple, le 19 février 2019 il a publié sur son compte Twitter sept « absurdités » de la JEP et a demandé son élimination définitive. 

D’autre part, la violence politique sans contrôle de militaires et paramilitaires, ajoutée aux actions légales destinées à révoquer les principales garanties des accords de paix engendre un risque d’une nouvelle plongée de la Colombie dans un État de guerre permanente. Cette tendance s’est accrue avec l’explosion des activités des groupes armés et des narcotraficants qui peuvent agir sans restrictions dans les régions du pays où quelques fois opéraient les FARC. Cela révèle une vérité embarrassante pour beaucoup au sein de la droite politique : dans les zones abandonnées par l’État, les guérillas garantissaient la stabilité.

Dans ce contexte, les tentatives pour dilapider les accords de paix à travers d’actes législatifs, de processus judiciaires des hautes cours de justice et de décrets, se sont révélés être une tactique particulièrement efficace. Le cœur de cette stratégie est de saper une JEP qui, jusqu’à aujourd’hui, a été capable de bloquer l’extradition de Jesús Santrich vers les États-Unis, après que cet ancien leader insurgé et négociateur de paix a été détenu quelques jours avant de devenir représentant au Congrès. Il a été relié à un cas de narcotrafic qui manque de preuves fiables et au contraire, paraît être une série de fausses accusations et informations à solde : une pratique fréquente employée contre ceux qui sont considérés comme des politiques propres en Colombie. 

Même le bureau du Procureur Général de la Nation a admis ne pas avoir de preuves contre Santrich et, en accord avec la Loi, la Colombie ne peut extrader une personne sans que ses propres autorités n’aient d’évidence quant au crime commis. Cependant, l’administration d’Ívan Duque essaye de justifier l’envoie de Santrich aux États-Unis en disant que l’« évidence » se trouve « à New York » , ce qui n’a pas pas non plus été démontré.

La Ministre de la Justice, Gloria María Borrero, a reconnu  en effet, qu’en raison de « problèmes techniques » dus à l’entreprise de service postal 4-72, la lettre demandant au tribunal des Etats-Unis d’Amérique les preuves contre Santrich n’était pas arrivée depuis son envoie il y a deux mois. 

Les politiques appliquées aujourd’hui par le gouvernement d’Ívan Duque apparaissent comme extraordinairement “made in USA”. Le gouvernement de Trump a fait pression à plusieurs occasions sur celui de la Colombie pour qu’il abandonne le chemin vers le développement rural et la substitution volontaire des cultures [d’usage] illicites, cherchant à ce qu’il assume une politique violente d’éradication forcée et de fumigation des champs de coca avec l’herbicide glyphosate (Round Up) fabriqué par Monsanto (Bayer). De plus, il a demandé à l’État colombien de détenir et d’extrader Jesús Santrich vers New York, dans le but qu’il comparaisse pour son jugement exclusivement là-bas. 

Les politiques des États-Unis sont derrière les efforts de Duque et d’Uribe (ex-Président, 2002-2010) pour défaire la paix obtenue en Colombie et même pour provoquer une intervention militaire au Venezuela. Des officiels du Commando Sud du Pentagone ont visité la zone frontalière entre les deux pays ainsi que les bases militaires disposant de la plus importante concentration de troupes dans les zones productrices de coca, dans le sud-ouest du pays, c’est-à-dire, dans les départements de Nariño, Cauca et Vallée du Cauca.

Cependant, nous savons que le désarmement des FARC et la réussite des accords de paix dépendent du fait que la Colombie puisse avoir, dans la pratique, une démocratie capable de réincorporer ceux qui ont laissé les armes pour faire partie de l’opposition politique. 

Les attaques contre la JEP, ainsi que les assassinats et extraditions des anciens insurgés après leur désarmement, n’ont pas d’autre vocation que d’obliger les leaders du parti FARC à disparaître, aller en prison ou mourir dans une vaine recherche de la paix. Le retour aux armes aurait lieu dans une situation de grande faiblesse, en étant entourés par les nouveaux et robustes acteurs armés qui ont proliféré en l’absence des désormais ex-FARC.

Nous devons protéger la JEP alors qu’elle est sabotée. Nous devons dénoncer l’emprisonnement et les assassinats des défenseurs des droits humains. Nous devons prendre position pour la paix en Colombie et dans le monde alors que la guerre menace.

 

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