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Droits Humains

Narcotrafic et cartographie d’assassinats de leaders sociaux en Colombie

par Harol Gonzales, avril 7 de 2019.

Narcotrafic et cartographie d’assassinats de leaders sociaux en Colombie

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par Harol Gonzales

Le caractère systématique et sélectif de ces assassinats demeure démenti par l’Etat.

Article tiré de Mediapart

Selon le dernier rapport de l’ONUDC « Monitoreo de territorios afectados por cultivos ilícitos 2016 en Colombia » la surface des plantations de coca en Colombie a augmenté de 52% en 2016 par rapport à l’année 2015. La production de cocaïne pour sa part a augmenté de 34%.

 CARTOGRAPHIE DES ASSASSINATS DE LEADERS ET DEFENSEURS DES DROITS HUMAINS EN COLOMBIE janvier 2016 – janvier 2018 

L’assassinat de leaders sociaux en Colombie a souvent été négligé en l’associant aux dommages collatéraux issus des dynamiques de confrontation entres les différents acteurs du conflit armé. Ainsi, le caractère systématique et sélectif de ces assassinats demeure démenti par l’Etat.

Une autre particularité de cette problématique réside dans la non reconnaissance de la part de l’Etat de l’existence de groupes paramilitaires. De fait, Las Aguilas Negras ou Las Autodefesas Gaitanistas sont directement et/ou indirectement associées à la majorité des assassinats de défenseurs de droits humains dans le pays.

Le nombre de victimes du conflit armé est passé de 2.713 en 2002 à 210 en 2016, ce qui représente une diminution de 92,2% (1) du nombre de victimes. Néanmoins depuis le cessez-le-feu entre le gouvernement colombien et les FARC en 2016, les assassinats de leaders sociaux n’ont cessé d’augmenter. C’est pourquoi l’analyse spécifique de ces crimes mérite une spéciale attention.

La présente cartographie analyse les assassinats des leaders sociaux et des défenseurs des droits humains répertoriés par l’ONG Somos Defensores, entre janvier 2016 et janvier 2018.

 RÉPARTITION D’ASSASSINATS DE LEADERS ET DEFENSEURS DES DROITS DE HUMAINS PAR DÉPARTEMENT EN COLOMBIE janvier 2016 – janvier 2018

La majorité des victimes se situent au niveau de la frontière ouest pacifique du pays (notamment au département de «Cauca» qui compte 41 leaders assassinées, «Antioquia»: 26 assassinées et «Valle del Cauca avec 15 assassinées). Ces régions sont, entre autre, caractérisées par le passage des routes du narcotrafic sur leurs territoires.

Les 204 assassinats commis entre janvier 2016 et janvier 2018 correspondent à 37,2% des leaders assassinés ces 8 dernières années. Cette hausse du nombre d’assassinats peut s’expliquer par la lutte entre le ELN, le EPL et les paramilitaires pour le contrôle des territoires auparavant occupés par les FARC.

Selon les accords de paix, les zones auparavant occupées par les FARC doivent faire l’objet d’une intervention de l’Etat par le biais de la mise en place de projets de développement territoriaux agricoles. Cependant l’Observatoire de suivi de la mise en place des accords de paix (OIAP) attire l’attention sur le fait que seulement 18,3% de l’appareil normatif des accords a été mis en place.

Le documentaire «La Ruta del Naya» (2) montre comment se développe le processus de production de cocaïne depuis sa plantation dans les municipalités del Cauca y Valle del Cauca, jusqu’à sa production et son exportation vers l’étranger depuis l’Océan Pacifique. Selon le dernier rapport de l’ONUDC « Monitoreo de territorios afectados por cultivos ilícitos 2016 en Colombia » (3) la surface des plantations de coca en Colombie a augmenté de 52% en 2016 par rapport à l’année 2015. La production de cocaïne pour sa part a augmenté de 34%.

Dans ce contexte le risque pour les leaders paysans, environnementaux, locaux, indigènes et défenseurs de droits humains augmente. En effet, le caractère territorial des revendications des leaders va à l’encontre des intérêts privés liés au commerce de la drogue. 

L’absence institutionnelle en matière d’offre d’emploi, ainsi que le renforcement des groupes narcotrafiquants peut expliquer la participation des populations paysannes dans les processus de plantation, récolte, traitement et production de cocaïne (situées notamment à la frontière nord du département del Cauca et le département du Valle del Cauca). 

Par conséquent, le travail de sensibilisation aux populations paysannes vis-à-vis de la substitution des plantations de feuille de coca devient plus dangereux pour les défenseurs de droits humains.

TYPE D’ENGAGEMENT DE LEADERS ET DEFENSEURS DE DROITS HUMAINS ASSASSINÉS EN COLOMBIE janvier 2016 – janvier 2018

En ce qui concerne les 32 victimes indigènes, il faut préciser que la majorité de ces assassinats ont eu lieu dans le département du Cauca où le CRIC (Conseil Régional indigène du Cauca) mène le Proceso de Liberación de la Madre Tierra. Ce processus consiste à arracher les plantations de canne à sucre dédiées à la production de carburant, pour ensuite les remplacer par des graines traditionnelles destinées à l’alimentation des communautés indigènes situées autour de ces plantations. 

Les leaders étudiants, LGTBI, et les leaders syndicaux étaient dans leur majorité des dirigeants de processus locaux, notamment dans les secteurs urbains. Mise à part ceux-ci, la grande majorité des leaders et défenseurs de droits humains, leaders afro-descendants, ainsi que les leaders paysans et environnementaux menaient leurs actions dans des zones rurales.

Quant à l’influence des accords de paix sur l’augmentation de ces homicides, plusieurs leaders engagés dans le processus de paix ont été assassinés par des groupes paramilitaires. Un des cas le plus emblématiques est celui du Masacre de Mesetas le 25 octobre 2017, où 3 indigènes ont été assassinés. En cause, leur participation aux travaux de construction de “l’Espace Territorial de Formation et de Réincorporation » (ETCR) où se concentre actuellement un groupe d’anciens combattants des FARC.

Or, des facteurs comme la promotion de l’éradication et substitution volontaire de plantations de feuille de coca auprès de populations, ainsi que celui de l’accompagnement auprès des victimes de déplacement forcé pour les démarches de restitution des terres, sont déterminants pour expliquer les causes de ces assassinats. 

On observe également que les organisations des paysans associées aux mouvements sociaux Marcha patriotica et Congreso de los Pueblos sont les plus touchées par ces assassinats.

 

COMMANDITAIRES D’ASSASSINATS DE LEADERS ET DEFENSEURS DES DROITS HUMAINS EN COLOMBIE janvier 2016 – janvier 2018

Bien que 80% des meurtriers n’aient pas été identifiés, la majorité des leaders assassinés avaient reçu auparavant des menaces de la part des groupes paramilitaires. Sur un total de 106 assassinats au cours de l’année 2017, seulement 4 mandats d’arrestation ont été délivrés.

Les forces de l’Etat, pour leur part, sont responsables de plus de victimes que l’ensemble des mouvement guérilleros. Malgré l’abandon des armes de la part de la guerrilla la plus importante du pays, les accords de paix entre l’ELN et le gouvernement n’ont pas encore abouti à un agenda précis afin de garantir le passage de 1600 combattants de cette guerrilla à la vie civile et politique. 

Parallèlement à ceci, la guerrilla de l’ EPL expérimente un processus de renforcement au niveau de dotations armées et d’actifs à la hauteur de 500 combattants, notamment dans le département du Norte de Santander. (4)

Bien que l’intensité du conflit armé ait diminué, la fréquence des assassinats de défenseurs des droits humains et de leaders sociaux reste un indicateur de violence majeur dans le pays. Le Global Peace Index 2017 classe la Colombie 146ème sur un total de 163 pays étudiés, ce qui la rend le pays le plus violent du continent américain, surpassant des pays comme les États Unis et le Venezuela. (5)

Pour l’ONG Somos Defensores, entre 2010 et 2017, 532 leaders sociaux et défenseurs des droits humains ont été assassinés. Au vu de la démobilisation des FARC et du faible taux de victimisation des guerrillas actives auprès des leaders et défenseurs de droits humains, la thèse selon laquelle l’assassinat de ces leaders serait liée aux dommages collatéraux du conflit armé n’est plus pertinente et est à remettre en cause. 

En redonnant à ces assassinats leur caractère politique,  les intérêts et les motivations des acteurs armés liés au narcotrafic responsables de ces assassinats se révèlent, tout comme les enjeux territoriaux et économiques qui les conditionnent. 

(1) Rapport Medicina Legal Julio 2017.

(2) Documentaire El Naya: La ruta oculta de la cocaína.

(3) Rapport ONU : Monitoreo de territorios afectados por cultivos ilícitos 2016 en Colombia.

(4) La Silla Vacía : Las 10 razones por las que el EPL es un problema que se le creció al Gobierno

(5) Global Peace Index 2017.

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