site web

Explorer les sujets
Suivez-nous Abonnez-vous à notre newsletter

Post-accords

21 députés européens se prononcent sur le sujet de la paix en Colombie

par Editor, avril 21 de 2019.

21 députés européens se prononcent sur le sujet de la paix en Colombie

nombre de autor

par Editor

21 députés européens se prononcent sur le sujet de la paix en Colombie et adressent une lettre au President Iván Duque Márquez et à l'haute représentante de l'UE Federica Mogherini

Photo : CC-BY-4.0: © European Union 2019 – Source: EP

Bruxelles, le 11 avril 2019

Son Excellence, Président, Ivan Duque Márquez,

Son Excellence, Haute-Représentante de l’Union européenne (UE) aux affaires étrangères et à la politique de sécurité, Federica Mogherini

Nous, soussignés(ées) eurodéputés, nous permettons de manifester notre plus grande inquiétude vis-à-vis du progressif affaiblissement de la politique de paix en Colombie et les conséquences de cette régression à propos de la situation humanitaire, notamment dans les territoires, dans les garanties pour les personnes défenseuses des droits humains et en général pour les millions de victimes du conflit armé du pays réclamant la vérité, la justice, la réparation et les garanties de non répétition.

Comme vous le savez, le Parlement Européen s’est engagé avec la Colombie dans la quête des solutions politiques du conflit armé interne. À cet égard nous avons reçu favorablement les accords souscrits entre l’État colombien et les FARC-EP (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie – Armée du Peuple) en novembre 2016, résultats d’une table de négociations des parts et le compromis de l’application de ces accords.1 En même temps, ce Parlement a encouragé le gouvernement et l’ELN (Armée de Libération Nationale) à trouver des moyens pour commencer des dialogues de paix.2

Néanmoins, malgré les attentes vis-à-vis de cet Accord, nous manifestons notre inquiétude concernant l’absence de progrès dans leur application. Particulièrement à propos de la Réforme Rurale Intégrale que l’Union Européenne a accompagné, laquelle aborde l’une des causes structurales du conflit difficile à surmonter. Le manque d’implémentation est également inquiétant en ce qui concerne le troisième point sur les garanties et le cinquième point sur le Système Intégral de Vérité et de Justice, Réparation et Garanties de non Répétition.

En outre, monsieur le Président, nous sommes au courant de votre choix de faire des objections pour inconvenance à quelques articles du Projet de la loi statutaire qui signale les règles de procédure de la Juridiction Spéciale pour la Paix (JEP en espagnol). La non sanction du projet de cette loi provoque l’incertitude des victimes. À la fois, pose des conséquences d’instabilité juridique pour ceux qui ont décidé de laisser les armes et passer à la vie politique et pour les militaires qui ont promis de témoigner. En ce sens, nous nous joignons à la préoccupation que les organismes comme le Système des Nations Unies et le Système Interaméricain de la OEA ont exprimé, ainsi qu’à plusieurs pays de l’Union Européenne confiant dans un prompt progrès sur ce thème.

D’un autre côté, le Parlement continue de s’inquiéter quant à la situation de violence ciblée et de criminalisation3 contre les défenseurs et défenseuses des droits humains en Colombie alors que les manifestations sociales augmentent.4 Les chiffres que diverses institutions officielles et non-gouvernementales ont présenté par rapport aux agressions contre les défenseurs et défenseuses sociaux sont alarmantes5 et prouvent que la Colombie est encore le pays le plus dangereux pour la défense des droits humains6. La lutte contre l’impunité est l’un des plus grands défis car il n’y a pas d’information de la part du Parquet sur le progrès en matière de dévoilement des auteurs intellectuels de ces attaques.

Malgré la situation dramatique que connaissent les défenseurs en Colombie, nous sommes préoccupés par le fait que les mesures adoptées demeurent insuffisantes, non opportunes ou non intégrales et qu’au contraire, des mesures ont été adoptées pour limiter la prévention et la protection efficace de cette population alors que certaines propositions des accords de paix sur la protection de personnes défenseuses n’ont pas été implémentées, comme c’est le cas du décret 660/2018 sur les mesures collectives. Ainsi, la récente autorisation du Plan d’Action Opportune de Prévention et de Protection pour les Défenseurs des Droits Humains, Leaders Sociaux, Communautaires et Journalistes (PAO) renverse une démarche collective de protection intégrale au profit d’une approche de militarisation des programmes de protection, majoritairement liés à la sécurité publique. En niant ce qui était prévu dans les Accords de Paix concernant les garanties, le démantèlement des groupes successeurs du paramilitarisme et la protection intégrale des fonctions attribuées à la Commission Nationale de Garanties de Sécurité (CNGS), ces mesures seraient subordonnées au PAO sans aucune raison.

À cet égard, l’absence de résultats de l’Entité Spéciale d’Investigation du Parquet reste inquiétante. Financée en partie par des fonds européens, dont ses fonctions ont été établies dans les accords de paix et doivent être stimulées et respectées. L’avance est nécessaire pour élucider les structures successeuses du paramilitarisme et éclaircir leurs liens avec les élites économiques et militaires dans les régions car ce sont les principaux groupes responsables des attaques contre les personnes défenseuses, particulièrement en lien avec des communautés vulnérables comme les communautés éthniques et paysannes.

Tenant compte tout ceci, et convaincus que le peuple colombien mérite et peut construire un futur en paix, sans conflit armé et respectant les Droits Humains, très respectueusement, Monsieur le Président :

– Nous exhortons l’application complète de ce qui a été accordé à La Habana, tenant compte des garanties juridiques, en faisant spécialement attention aux mécanismes de justice transitionnelle, ainsi qu’à la destination des ressources financières nécessaires et qui étaient déjà destinées pour les institutions créées dans ce cadre.

– Nous demandons l’implémentation des mesures de prévention et de protection intégrales et collectives des défenseurs des Droits Humains. Une attention particulière aux groupes les plus vulnérables et historiquement affectés par le conflit, en incluant l’adéquation de la législation pour prévenir leur criminalisation et le respect aux manifestations sociales en Colombie.

-Pour assurer la transparence et le suivi, nous sollicitons Madame Mogherini, plus de clarté sur les ressources destinées à l’implémentation des Accords de paix en Colombie et notamment concernant les résultats obtenus jusqu’à l’heure actuelle. Pour ceci, il est fondamental que les mécanismes de surveillance incluent la Société Civile.

Finalement, nous vous recommandons de respecter la périodicité des Dialogues entre l’UE et la Colombie en matière des Droits Humains. Nous souhaitons également que le prochain Dialogue à Bogota prévu le 8 avril, soit une opportunité d’avancer sur le sujet des causes structurales de la violence en Colombie.

Vous remerciant par avance de votre attention et souhaitant du succès à votre gouvernement pour accomplir les attentes nationales et internationales dans la véritable construction de paix stable et durable, nous vous exprimons nos salutations respectueuses.

1Parlement Europén. Resolution à l’appui du processus de paix en Colombie, 20 Janvier 2016.

Parlement Europén. Resolution sur les relations politiques de l’Union Européeen avec l’Amérique Latine, 13 septembre 2017. l

3 Au moins 65 dirigeants sociaux et personnes defenseuses des Droits Humains de la terre et du terriore, de l’environnement et représentants de mouvements sociaux reconnus dans le paix, ont été l’objet de l’usage inadéquat du droit pénal.

4 D’accord avec les chiffres de l’Organisation des Droits Humains du Comité de Solidarité avec les Prisonniers Politiques, dans les trois premiers mois de l’actuel gouvernement il y a eu 348 mobilisations, ce qui signifie une augmentation de 59% face aux protestations à la même époque en 2017.

5Pour 2018, le Bureau de Défense du Peuple parle de 172 dirigeants sociaux et personnes défenseuses des Droits Humains assassinés alors que le Bureau du Haut Commissionnaire des Nations Unies pour les Droits Humains a enregistré 110 cas d’homicides contre les défenseurs.

6 Cf. Le bilan de Front Line Defenders, Global Analysis 2018; Janvier 2019.

Tania González Peñas (España)

Gabriele Zimmer (Presidenta GUE/NGL Alemania)

Marina Albiol Guzmán (España)

Martina Anderson (Irlanda)

Xabier Benito Ziluaga (España)

Lynn Boylan (Irlanda)

Matt Carthy (Irlanda)

Eleonora Forenza (Italia)

Kostadinka Kuneva (Grecia)

Patrick Le Hyaric (Francia)

Paloma López Bermejo (España)

Liadh Ni Riada (Irlanda)

Younous Omarjee (Francia)

Lola Sánchez Caldentey (España)

Barbara Spinelli (Italia)

Josep-María Terricabras (España)

Estefanía Torres Martínez (España)

Miguel Urbán Crespo (España)

Marie-Christine Vergiat (Francia)

Marie Pierre Vieu (Francia)

Julie Ward (Reino Unido)

 

Les articles les plus lu

Autres articles

Droits Humains

La disparition forcée en Colombie

par Sergio Segura

Les dialogues de paix entre l’insurrection colombienne et le Gouvernement ont fait que la discussion sur les 80.000 disparitions forcées prenne de l’importance.