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Droits Humains

Entretien exclusif avec Michel FORST, rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, au sujet des derniers événements en Colombie.

par France Amérique Latine, janvier 23 de 2019.

Entretien exclusif avec Michel FORST, rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, au sujet des derniers événements en Colombie.

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par France Amérique Latine

Le dernier rapport présenté aux Nations Unies par Michel Forst traite de l’assassinat systématique des leaders sociaux dans le territoire Colombien.

Photo : CC Flickr UN Geneva

Par : Juan SANTOYO

 

Le mardi 22 janvier 2019 Michel FORST était invité au lancement de la campagne européenne « Des droits pour les peuples, des règles pour les multinationales STOP impunité » au siège De l’ONG CCFD Terre Solidaire, à Paris. En tant que rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des défenseurs des Droits de l’Homme, il s’est rendu en plusieurs pays qui rencontrent des problèmes de persécution des Défenseurs et de violation des Droits Humains. Son dernier rapport présenté aux Nations Unies (disponible en anglais ici) traite de l’assassinat systématique des leaders sociaux dans le territoire Colombien. France Amérique Latine a réussi à lui poser quelques questions pour en savoir plus…

FAL : Quand est-ce que vous êtes allé en Colombie ?

MF : J’ai passé 3 semaines en Colombie au mois de Novembre et Décembre. J’ai rendu public un rapport de 35 pages qui est disponible sur le site des Nations Unies qui fait le point sur l’évaluation que j’ai pu faire de la situation en Colombie et la situation des Défenseurs en Colombie. Je ne suis pas resté uniquement à Bogota mais j’ai passé l’essentiel de la mission sur le terrain à rencontrer les communautés locales, les populations indigènes, les afro-colombiens afin d’écouter leur récit. Leur témoignage montre à quel point la Colombie est dangereuse pour les défenseurs. C’est l’un des principaux pays dans lequel les défenseurs sont victimes d’attaques, de menaces, d’arrestations arbitraires et aussi d’assassinats.

Les principaux auteurs ce n’est pas l’Etat colombien. Ce sont principalement, à la suite des Accords de Paix, les dissidents des FARC, les narcotrafiquants, et puis on l’a vu récemment avec cet horrible attentat de l’ELN, les groupes armés qui ne font pas partie de la négociation des accords de paix et ils continuent le combat dans un grand nombre de régions de Colombie. Ce qu’on voit c’est que l’absence de l’Etat dans beaucoup de régions renforce les menaces dont sont victimes les défenseurs. Comme l’Etat n’est plus là, comme les FARC ont quitté le combat, les principales zones contrôlées par les FARC à l’heure actuelle sont occupées par le narcotrafic, par des dissidents des FARC, par des groupes d’opposition armés et par les paramilitaires bien évidemment.

Il y a de manière assez évidente une collusion entre les entreprises internationales, les entreprises nationales, les narcotrafiquants et le crime organisé. Ceci est un des éléments qui compose la ceinture du rapport que je présenterai devant les Nations Unies bientôt.

FAL : Comment peut-on avoir accès à ce document ?

MF : Le rapport est déjà disponible. Il est sur mon site des Nations Unies, donc du Haut-Commissariat de droit de l’homme des Nations Unies. Il contient non pas tout le rapport mais la déclaration de fin de mission que j’ai pu faire. J’ai fait une conférence de presse avec le Président Duque également, dans lequel le Gouvernement s’est engagé à assurer une meilleure protection des Défenseurs. Ce n’est pas anodin parce que, jusqu’à présent, aucun de mes prédécesseurs ni moi-même n’avion pu nous rendre en Colombie pour faire des évaluations. A peine élu, le gouvernement a décidé de faire appel au Haut-Mandat pour assurer une évaluation dans un premier temps, et les guider dans le développement d’outils permettant une meilleure protection des Défenseurs et on verra ce que l’avenir nous réserve.

FAL : En tant que représentant à l’ONU de défenseurs Humains, quels moyens peut-on mettre en œuvre pour arrêter ces assassinats systématiques ?

MF : D’abord la principale responsabilité est entre les mains du gouvernement colombien. C’est l’Etat qui a le devoir de protéger les citoyens de son pays et il faut que l’Etat prenne des mesures drastiques pour à la fois lutter contre l’impunité, étant celui-ci très élevé en Colombie, et également lutter concrètement, parfois à l’aide de la force, contre les narcotrafiquants et les bandits et le crime organisé qui est responsable des principales attaques contre les Défenseurs. Ça passe aussi par des occupations de terrain. C’est-à-dire que l’Etat doit retrouver sa place dans un grand nombre de territoires qu’il a quitté. Ça passe par tout un tas d’initiatives portant sur la restauration de l’Etat de Droit, le travail de ceux qui peuvent travailler, l’accès à la santé, l’accès au logement. Bref, restaurer l’ensemble des mécanismes et de Droits qui permettent de lutter contre la précarité dont sont victimes trop de personnes en Colombie.

FAL : Par rapport à l’attentat qui a eu lieu il y a quelques jours en Colombie qui a été revendiqué par l’ELN. Selon vous, quel est l’avenir du traité de paix signé entre le gouvernement et les Farc et quel est l’avenir du dialogue de paix qui était en cours avec l’ELN ?

MF : L’accord a été signé à la Havane. Le Président s’est engagé à mettre en œuvre les principales dispositions de l’Accord de Paix. Le fait que toutes les parties du conflit n’aient pas signé l’accord n’implique pas que l’accord devient caduc à cause de l’attentat qui a eu lieu que j’ai condamné avec d’autres également. Je crois qu’il faut continuer la négociation et faire en sorte que, comme la veille l’a proposé une partie de l’ELN, on s’assoit autour d’une table pour vérifier si oui ou non il y a ne volonté pour continuer de discuter avec ceux qui n’ont pas encore signé les accords de paix.

FAL : Vous êtes donc favorable à continuer la table de dialogue avec l’ELN ?

MF : Je suis toujours favorable à la négociation.

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