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Question agraire

Tumaco et le défi de laisser la Coca au passé

par El Turbión, juin 14 de 2019.

Tumaco et le défi de laisser la Coca au passé

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par El Turbión

À Nariño, la substitution de cultures de coca fait face à des grands défis entre l’abandon de l’État et le conflit.

Par: Andrés Gómez, Marcela Zuluaga, Yovana Vargas

Photo: Bram Ebus. Cultivos de coca en Tumaco.

Le 7 mars 2019

À Nariño, la substitution de cultures de coca fait face à des grands défis entre l’abandon de l’État et le conflit.

Après la courte période de tranquillité grâce au processus de paix, qui a eu lieu à Tumaco (situé dans la côte Pacifique près de Nariño), Clara*, leader afro-descendante de cette ville, souhaite « voir les enfants courir et jouer et que rien ne leur arrive. Qu’ils soient dans la rue sans risques ».

Comme elle, Eduardo* explique que ces communautés veulent la fin de la violence générée par la « guerre contre les drogues ». Il affirme qu’ils ont vécus un court moment de soulagement de 4 ou 5 mois à peine, qui les a rendus optimistes. Il songeait de vivre comme avant l’arrivée de la Coca : « J’aimerais être aussi libre que 25 ou 30 ans avant, un temps où on pouvait marcher, ou pêcher en bateau, et ne pas regarder en arrière », il affirme.

Pour les communautés paysannes, indigènes awá et afro-descendantes, la Coca est devenue un cancer ces trois dernières décennies à cause de « la guerre contre les drogues », la militarisation de diverses zones à la suite du Plan Colombie et les aspersions du glyphosate. Tout cela poussait a entrainé les cultivateurs de Coca du Putumayo vers les forêts du Piedemonte et de la côte Pacifique de Nariño.

Le conflit provoqué par divers groupes irréguliers qui tirent des bénéfices de la production du chlorhydrate de cocaïne a un effet sur les conditions sociales des habitants. Ceux-ci ont vu une opportunité d’amélioration de leurs conditions de vie liée à l’inclusion de leurs territoires dans la première étape du Programme National Intégral de Substitution de Cultures Illicites (PNIS). Initiative créée après la signature des accords de paix entre l’État et les anciennes Forces Armées Révolutionnaires de la Colombie (FARC) en 2016.

L’augmentation des cultures de Coca à Nariño est vraisemblablement préoccupante. D’après « l’Etude des territoires affectés par des cultures illicites 2017 » de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Délit (UNODC), cette zone du pays occupe la première place au niveau national en superficie semée avec Coca : 45.753 hectares ; desquels 19.516 (42,6%) se trouvent à Tumaco ; 26.589 à Putumayo ; et 28.944 à Norte de Santander. Selon cette organisme, 60 % de la superficie totale semée avec cette plante se concentre dans ces trois départements.

Le défi de laisser la Coca derrière

Le PNIS est un chapitre particulier dans le premier point des Accords de paix signés entre l’État colombien et les anciennes FARC, aujourd’hui en cours de réincorporation à la vie civile. Le programme cherche à ce que les communautés paysannes, indigènes et afro-descendantes éradiquent volontairement les cultures illicites de Coca, de marihuana et de pavot à opium. Cela en échange de garanties d’amélioration de leurs conditions de vie. À travers de projets productifs, de prêts, de stimulations à l’économie solidaire et coopérative, de subventions, de commercialisation, d’assistance technique, d’infrastructure routière, de systèmes d’arrosage, de connectivité, d’adéquation des terres, de santé, d’éducation, de logements et de services publiques, les communautés pourront dépasser la pauvreté qui force des milliards de colombiens à dépendre de ces produits et de ses dangereuses économies.

En conformité avec un rapport fait par la Fondation Idées pour la Paix, basé sur des données du Haut Ministère Présidentiel pour l’après-conflit, le gouvernement de l’ex-président Juan Manuel Santos a accordé au PNIS des ressources importantes de la Coopération International et du budget de la Nation :

Avec 54.000 familles qui font partie du Programme, et une assignation par famille de 36 millions de pesos colombiens (9866 euros), le PNIS monte à 1,9 billions de pesos en deux ans. Cela sans prendre compte des coûts de la transaction et de la démarche opérative (et sans enlever les paiements déjà faits en 2017). Le chiffre donné par le gouvernement pour 2018 est de 1,4 billions de pesos colombiens.

L’argent a été donné à 54.000 familles qui se sont engagées à mettre en œuvre les plans de substitution volontaire définis dans les Accords de Paix. Ces plans devaient être concertés par les autorités nationales, départementales et municipales, avec les populations concernées, c’est-à-dire, des cultivateurs, non-cultivateurs et cueilleurs. Cela pour définir les meilleures activités afin de remplacer les cultures illicites dans leurs territoires, selon leurs particularités économiques, culturelles et sociales, en mettant l’emphase sur la participation et les besoins des femmes.

Malgré les différences notables entre l’ère de Santos et le président en cours Iván Duque, la politique du gouvernement fait beaucoup de revers sur ce sujet pour les communautés cultivatrices de la feuille de Coca à Tumaco. Notamment, à cause du prolongement des opérations d’éradication forcée, lesquelles se verront multipliées d’après le pouvoir exécutif.

Les communautés craignent la répétition d’événements tels que le massacre du Tandil, où 7 personnes ont été assassinées le 5 octobre 2017 quand des policiers « sans échanger un mot ont tiré de façon indiscriminée sur la Population » qui s’opposait à l’éradication forcé des plantes de Coca dans la communauté de Llorente. Ces événements ont été dénoncés par la Coordinatrice Nationale de Cultivateurs de Coca, Pavot à Opium et Marihuana (COCCAM). À cet effet, le bureau du procureur a imputé les délits d’homicide aggravé et tentative d’homicide, au capitaine Javier Enrique Soto García, commandant du Noyau Delta de la Police Nationale ; et au major Luis Fernando González Ramírez, commandant du Peloton Dinamarca de l’Armée Nationale.

Malgré l’implémentation ralentie du PNIS, de nombreuses familles cultivatrices de Coca sont pour la substitution volontaire, même au milieu d’une atmosphère de peur. Selon le PNIS, après avoir vérifié les données des personnes inscrites à Tumaco, le programme bénéficiera 17.000 familles avec des ressources projetés à 640.000 millions de pesos colombiens. L’Organisation des Nations Unies a reconnu dans le rapport déjà cité que dans la municipalité de Nariño les cultures ont été réduites d’un 16% entre 2017 et mai 2018. Cette baisse de production de feuilles de coca est considérable, surtout si on prend compte du rejet de la part des mafias mexicaines qui achètent la cocaïne et la pâte base de coca colombienne au PNIS ; et de la pression exercée aux cultivateurs qui ont adhéré au programme par les dissidences des FARC, notamment par le Front Óliver Sinisterra et les Guérillas Unies du Pacifique.

La diminution de cultures et le pari pour d’autres formes de subsistance de la part des familles engagées avec le PNIS, fait un contraste avec la « guerre contre les drogues ». Selon Eugenio Estupiñán Guevara, coordinateur du Plan de Développement avec une Approche Territoriale (PDET) de la zone Pacifique et de la frontière de Nariño, de l’Agence de Renouvèlement du Territoire (ART), « dans le Pacifique de la frontière de Nariño, le programme d’aspersion aérienne a été le plus long : il a durée 14 ans. Il n’y a pas eu d’autres programmes avec une telle durée dans notre territoire ». Le fonctionnaire a ajouté que cela a donné un « message complètement erroné », et que la solution pour faire face au retour des cultures est l’amélioration des conditions économiques et sociales pour ces communautés.

De son côté, Daniel Ramírez, coordinateur départemental du PNIS à Tumaco, a assuré que dans certains cas il y a eu des avances :

Tumaco, Alto Mira et Frontera, des territoires iconiques pour le conflit armée colombien par rapport aux cultures illicites, à la présence d’acteurs armés, à la violation des droits de l’Homme. Dans le rapport des Conseils communautaires il sont constatés des avances importants : environ 4.900 familles font partie du programme.

Des problèmes avec les ressources

À Nariño le pacte de volonté pour accéder au programme de substitution a été signé par environ 23.500 familles, pratiquement toutes de colons ou d’afro-descendantes car les indigènes Awá ont refusé le PNIS et ont demandé un programme différentiel. Or, au moins 16.000 d’entre elles ont manifesté une préoccupation car il y a des retards avec les paiements mensuels, et parce que les projets productifs ne sont pas encore bien définis.

De plus, l’articulation entre le PNIS et les initiatives des ministères d’Agriculture, de Santé et de Défense, n’est pas claire pour les communautés. Notamment, par rapport au Plan National de Développement 2018-2022 du mandat d’Iván Duque. De cette loi dépendra le financement des processus de substitution dans leurs territoires.

Le retour du poison

D’un autre côté, le Gouvernement National semblerait avoir d’autres choses en tête, comme l’a exprimé Emilio José Archila, un haut conseiller pour l’après-guerre, le 9 novembre 2018 pendant la présentation de la nouvelle feuille de route pour le PNIS à Tumaco :

Le gouvernement du président Duque s’est engagé à réduire les cultures illicites. Ainsi, en tout respect des lois, on croit que toutes les plantes illégales doivent être éradiquées […] Le PNIS n’opérera plus comme un programme isolé et cessera de faire des promesses qu’il ne peut pas maintenir.

Le président Iván Duque promeut l’éradication forcée par le retour de l’aspersion aérienne de glyphosate, malgré les avertissements des centres de recherche reconnus, des organisations environnementales et même des autorités sanitaires de plusieurs pays, sur les effets de l’herbicide sur la santé humaine et sur les écosystèmes concernés.

Le ministre de Défense, Guillermo Botero, a affirmé que les exigences de la Cour Constitutionnelle concernant les pulvérisations aériennes de glyphosate sont en train d’être ajustés. Un plan ambitieux qui inclurait des drones pour jeter le poison et la militarisation du territoire. De même, le 18 décembre 2018, lors d’un discours à la base militaire de Tolemaida (la plus grande du pays) le ministre a assuré que d’autres composés chimiques pourraient être utilisés. Cela suite au verdict du Conseil d’État, qui reconnaît la nuisance aux cultures légales par ce produit chimique :

Un autre herbicide qui pourrait être utilisé est le Tordon 101 […] mais le glyphosate a un avantage : la molécule est, dès à présent, libre. Donc, elle peut se reproduire par n’importe qui et cela revient moins cher.

Il n’y a pas d’argent pour la substitution ?

Le gouverneur de Nariño, Camilo Romero, a fait une critique face au tournement de la politique nationale. Il affirme que le retour à l’approche de la « guerre contre les drogues » n’offre aucune solution au problème de la coca dans des municipalités comme Tumaco, et a demandé des explications sur l’argent que le PNIS devait investir dans ce département :

Si on veut résoudre le problème de façon structurale, cette approche ne va pas fonctionner car ils vont juste empoisonner, traiter par des fumigations et attaquer notre territoire et notre population. Les familles vont partir cultiver ailleurs […] Le Gouvernement National devait investir 1,8 billions de pesos colombiens pour que les 50.000 familles puissent mettre fin aux cultures illicites. Or, les ressources engagées n’arrivent même pas aux 50.000 millions.

Entre-temps, Tumaco retourne à l’abandon militarisé de la guerre et aux fumigations, et actuellement fait face à des situations encore plus difficiles qu’auparavant. Pour Roberto*, leader afro de Tumaco, le plus difficile est que « avant la violence n’était pas perpétuée par nos communautés. Aujourd’hui […] les enfants qu’on a vu grandir pointent sur nous et nous tuent, à cause d’une plante qui a juste servie juste à nous tuer »

C’est clair que le PNIS et ses investissements pour dépasser la pauvreté des communautés, pourrait résoudre cette violence. Comme l’affirme Daniel Ramírez, « le plus important pour en finir avec les cultures illicites est d’offrir des alternatives économiques aux familles qui survivent par cette activité ». Cependant, on ne sait toujours pas si le gouvernement poursuivra ou non le programme, ni dans quelles conditions.

Malgré cela, pour les communautés liées à la feuille de coca, il est clair que la responsabilité du commerce de la cocaïne (une drogue utilisée par des millions de personnes dans le monde à des fins récréatives) ne devrait pas incomber à la Colombie, encore moins à elles, qui sont celles qui subissent les conséquences de la « guerre contre la drogue ». Tant qu’un gramme de cet alcaloïde coûtera en moyenne 80 ou 100 euros dans des pays comme la Suède, le business des mafias et des autorités corrompues continuera ; obligeant ceux qui vivent de la terre de continuer avec les cultures illicites. Comme le dit Alberto*, ancien et leader awá, « Si personne n’achète là-bas, les cultures s’arrêtent ici. C’est simple, sans besoin de guerres, ni de mines, ni de rien ! »

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