site web

Explorer les sujets
Suivez-nous Abonnez-vous à notre newsletter

Post-accords

Les intangibles du processus de paix.

par Viva la Ciudadanía, décembre 6 de 2018.

Les intangibles du processus de paix.

nombre de autor

par Viva la Ciudadanía

Deux ans après la signature de l’accord de paix les résultats intangibles de la paix, qui vont bien au-delà d'un pacte signé avec des prétentions, sont dévoilés.

Deux ans après la signature de l’accord de paix entre le gouvernement de Juan Manuel Santos et l’ex-guérilla des FARC-EP (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie – Armée du Peuple), les bilans abondent, notamment sur leur élaboration de leur mise en œuvre. Mais les résultats intangibles de la paix, qui vont bien au-delà d’un pacte signé avec des prétentions, sont dévoilés.

Diana Sánchez Lara

Directrice Association MINGA.

Coordinatrice du Programme SOMOS DEFENSORES (en français, NOUS SOMMES DÉFENSEURS)

Mensonge et crainte historique

Pendant de nombreuses décennies, les dirigeants et les médias ont suscité une matrice d’opinion qui identifie la guerre comme la cause des tragédies nationales : l’inégalité et la pauvreté. Ils ont également justifié les régimes autoritaires et centralisateurs en sacrifiant la participation. Dans cette optique, ils ont désigné les guérillas comme étant responsables de la violence et ont refusé de reconnaître l’existence d’un conflit armé au sens du Droit International Humanitaire.

Produit de ces événements et du sensationnalisme, la peur a joué un rôle significatif dans la conscience nationale et a exclu les possibilités d’autres interprétations et alternatives. Le silence et le confinement ont créé l’apathie quant à la situation du pays dans de larges pans de la population, lesquels ont laissé leur avenir entre les mains des autorités qui déclaraient les représenter. Par conséquent, lorsque les FARC ont promis de ne pas quitter la Table avant d’avoir signer la paix, sans le prévoir cette guérilla a ouvert les portes à la tranquillité.

Les résultats deux ans plus tard sont irréfutables : une augmentation de la mobilisation et de la contestation sociale, la diminution de l’abstention électorale ; un vote historique pour un candidat de gauche, une consultation anti-corruption politiquement réussie avec un vote supérieur à celui du président, sans vente de votes, sans promesses et sans craintes. Un mandat s’est constitué, le gouvernement et les secteurs du Congrès ont dû accepter dans un acte public, qui aujourd’hui fait preuve de manque de valeur de leur parole initiale.

Agendas dissimulés et mouvements sociaux

L’un des changements les plus importants né du processus de paix est peut-être l’ouverture démocratique et non l’ouverture institutionnelle. Les partis traditionnels ont entravé le progrès normatif au Congrès afin de parvenir à une répartition plus équitable du pouvoir. En revanche, la pensée des colombiens a développé de la confiance en soi et leur capacité à exiger.

Ces possibilités de participation ouvertes avec le processus de paix se reflètent également dans le nombre important de votes pour « La Colombia Humana » (mouvement du candidat de gauche). En même temps, la mobilisation sociale de divers secteurs s’intensifie, ce qui tend désormais à se combiner à la dénominée « Banque alternative pour la paix et la vie », dans un cadre qui combine l’action citoyenne et l’action parlementaire.

La société a également pris conscience de la variété de propositions qui prolifèrent dans les régions. La diversité de visions, de méthodologies et de regards présents dans de nombreuses organisations sociales qui ont résisté aux ravages de la guerre, permettant de nouveaux scénarios de participation. De nombreuses revendications ont été réduites au silence et invisibilisées par ce conflit armé qui commence à disparaître. Ainsi, les mouvements territoriaux et environnementaux, ceux des femmes et LGBTI en sont des exemples.

La corruption et la mesquinerie de la classe politique

L’autre acteur qui a perdu du terrain et de la légitimité est sans aucun doute la classe politique, en laissant apparaître la corruption dans toutes ses formes. Sans pouvoir culpabiliser aux FARC des problèmes nationaux, aujourd’hui, les scandales de corruption ont éclaté entre les mains des chefs d’État. Les institutions ne peuvent plus se camoufler derrière le conflit armé dans les médias.

Cela a entraîné une augmentation de l’illégitimité de cette caste politique qui, bien qu’elle continue à contrôler le conflit armé, est toujours aux mains du gouvernement. Malgré ce qu’indiquerait la large abstention électorale, celui-ci serait le dernier gouvernement de l’extrême droite à être arrivé à la présidence avec la même stratégie de tromperies et de peurs face à la paix.

Dans le contexte des dialogues pour surmonter le conflit armé, il s’est démontré aussi l’incapacité, l’ignorance et la mauvaise foi des partis traditionnels à comprendre la grandeur de la paix. Alors que les dirigeants des partis politiques traditionnels se sont enracinés pour empêcher le processus par crainte que la vérité soit dite. D’autres partis ont trouvé bénéfice par « pot de vin ». En revanche ils n’ont pas défendu le plébiscite, ni la JEP (Juridiction Spéciale pour la Paix) et ils ont secrètement contribué à paralyser le chemin des réformes.

La mesquinerie devant la grande opportunité pour le progrès économique et social que le processus de paix a apporté n’est pas exclusive à la caste politique corrompue – aujourd’hui au pouvoir –. Cela va plus loin, elle transcende les instances économiques, le secteur financier et le secteur des affaires si respecté par les médias. Ils ont refusé d’abandonner certains privilèges et ont préféré mettre le pays dans un autre cycle de violence sans fin.

Les droits humains et le leadership social

Les grands sacrifices consentis pendant des décennies de conflits armés sont sans aucun doute des droits de l’homme. D’un côté, les massacres, les disparitions forcées, les exécutions extrajudiciaires, les déplacements forcés, l’exil, la dépossession des terres, la violence sexuelle et autant de criminalité, pour la plupart, provoquée par la « sale guerre » de l’État. Ainsi que la destruction de villes entières, les enlèvements et autres actes de violence perpétrés par les guérillas. De l’autre côté, l’association historique – faite par l’Établissement – à la mise en place de mouvements sociaux et de droits humains en tant que guérilleros ou partenaires, terroristes et ennemis de l’État. Ces terroristes et ennemis de l’État, qui ont injustement fait tant de victimes et banalisés la criminalisation de l’exploitation sexuelle des enfants.

Conséquence directe des éléments mentionnés ultérieurement, les défenseurs des droits humains n’ont pas réussi à placer leur légitimité naturelle dans l’opinion nationale, dès lors que l’État a normalisé leur criminalisation. Cependant, à la suite du processus de paix avec les FARC et d’un certain dialogue avec l’ELN, la société toute entière a compris que les guérillas n’étaient pas cachées derrière la mobilisation et la protestation sociale, que les organisations sociales avaient leurs propres luttes, autonomes et légitimes. C’est pour cette raison que l’assassinat des dirigeants sociaux reste incompréhensible.

La sensibilité nationale à ces crimes est peut-être ce qui a généré des manifestations importantes, telles que celles la « Velatón » (veillée des bougies) du 6 juillet pour la vie des dirigeants sociaux. Non seulement par le nombre de personnes qui ont manifesté, mais aussi grâce à la couverture par les médias dans les grandes et moyennes villes, et même dans les populations éloignées de ces mondes plus urbains.

L’information et les médias

Autre élément en faveur : les réseaux sociaux, l’agora virtuelle contemporaine. Ils sont devenus le contrepoids à la manipulation médiatique. C’est-à-dire que les médias ne contrôlent plus l’opinion et en dépit de leur grand pouvoir, les politiciens traditionnels ne peuvent pas cacher la bassesse qui corrode leurs actions.

L’un des acteurs qui a également dû bouger changer son positionnement face au conflit armé et à ses protagonistes a été les média de masse. Durant de nombreuses années ils ont imputé la principale responsabilité des violations des droits humains et du DIH aux groupes guérilleros, minimisant la responsabilité de la Force Publique. Ils se sont également adaptés aux démarches gouvernementales actuelles. Par exemple, pendant le mandat présidentiel d’Álvaro Uribe, ils ont assumé un discours qui niait l’existence d’un conflit armé donnant place au terrorisme. Ils ont aussi adopté des phénomènes aussi graves que les exécutions extrajudiciaires commises par l’armée colombienne, et c’est seulement lorsque le scandale des “faux positifs” de Soacha a éclaté, qu’ils ont vraiment donné du crédit aux dénonciations des organisations de défense des droits humains.

Cette vision a considérablement changé pendant les mandats de Juan Manuel Santos, notamment grâce au statut politique qui a été restitué aux insurgés pour encadrer les tables de négociation. Dès lors, le discours médiatique des journalistes et des éditeurs a cédé la place à la reconnaissance du conflit armé historique, aux responsabilités importantes de l’État et, surtout à exprimer qu’effectivement derrière l’émergence du conflit armé, il y avait des causes structurelles liées à l’absence de droits à la participation politique, les exclusions économiques et sociales, etc. Nul doute que ce changement éditorial a contribué à modifier la matrice d’opinion construite dans la société.

Ainsi, dans la mesure où l’histoire donne la place qu’elle mérite aux accords de paix conclus entre le gouvernement national de Juan Manuel Santos et l’ancien guérillero des FARC – PE, la société colombienne reprendra le cours normal de la vie, dans un pays qui doit continuer à refermer le paradigme de la violence. Le processus de paix a ouvert des voies importantes pour des transformations culturelles et politiques que l’État refuse, mais qui sont fondamentalement substantielles pour qu’un jour en Colombie, la vie prévale sur la mort et l’espoir sur le pessimisme.

Les articles les plus lu

Autres articles

Droits Humains

La disparition forcée en Colombie

par Sergio Segura

Les dialogues de paix entre l’insurrection colombienne et le Gouvernement ont fait que la discussion sur les 80.000 disparitions forcées prenne de l’importance.