site web

Explorer les sujets
Suivez-nous Abonnez-vous à notre newsletter

Droits Humains

Violence contre les FARC réintégrés dans la société: un autre défi pour la sécurité

par Alejandro Jiménez González, septembre 3 de 2019.

Violence contre les FARC réintégrés dans la société: un autre défi pour la sécurité

nombre de autor

par Alejandro Jiménez González

Combien d'ex-guérilleros sont réinsérés, où sont-ils et pourquoi sont-ils tués?

 

 

Par: Alejandro Jiménez González

Traduit par : Alejandra R. Revisa Agnez

Photo de couverture: Juan Carlos Pachon (tous les droits réservés)

 

 

Une autre vague de violence

Suite à la signature de l’accord de paix entre les FARC et l’État colombien, le nombre et la fréquence des crimes violents, et notamment des homicides, des enlèvements, des affectations par des mines anti personnelles ou des munitions non explosées ont été considérablement réduits.

Sur la même période, un autre type de violence a augmenté: l’assassinat sélectif de dirigeants sociaux et d’anciens combattants des FARC et de leurs familles pour des raisons socio-politiques. Entre le 24 novembre 2016 et aujourd’hui, la Fondation pour la paix et la réconciliation a enregistré le meurtre de 91 ex-combattants et de 26 de leurs proches.

Selon les chiffres de l’Agence pour la réincorporation et la normalisation (ARN), jusqu’au 31 mars, 13 190 personnes ont été reconnues personnes démobilisées par le bureau du Haut-Commissaire pour la paix. Parmi ces personnes, 13 010 sont traitées selon les procédures prévues pour leur réintégration économique et sociale. Parmi elles, 8.459 vivent en dehors des Espaces territoriaux de formation et de réintégration (ETCR) et 3 479 y résident encore.

Mais il n’existe pas d’information précise sur le lieu de résidence de 1 072  personnes qui ont décidé d’abandonner le processus de paix ou simplement  de s’isoler dans l’anonymat.

Modus operandi

La plupart des auteurs matériels de ces crimes n’ont pas été identifiés. La liste des auteurs possibles comprend le “Clan du Golfe”, l’Armée de libération nationale (ELN en espagnol), les groupes armés post-FARC et la Force publique.

À partir des informations publiées sur ces événements, nous avons pu identifier un modus operandi. Une grande partie des assassinats ciblés ont été par des tueurs à gage. Ces actes de violence ont lieu dans les endroits de résidence des victimes, dans des lieux surpeuplés tels que les établissements commerciaux et sur les voies publiques, notamment rurales.

Un autre type de violence a augmenté : l’assassinat sélectif de dirigeants sociaux et d’anciens combattants.

Jusqu’à présent, aucun meurtre n’a été enregistré au sein de l’ETCR et les unités actives des forces de sécurité destinées à assurer la sécurité dans ces lieux sont présentes.

Mais en dehors de l’ETCR, les ex-membres des FARC – sans escorte ni autre mesure de sécurité – courent bien sûr un risque pour leur sécurité, surtout s’ils se déplacent vers les nouveaux points de ralliement dans les zones où les anciens groupes armés étaient présents.

Où sont localisés les meurtres?

Il convient de noter que les risques varient en fonction du territoire où les démobilisés décident de poursuivre leur processus de réincorporation. Les régions les plus critiques sont Bajo Atrato, Bajo Cauca Antioqueño, Norte del Cauca, Catatumbo, Sur del Meta, Caquetá et Guaviare, où les acteurs armés ont été réorganisés à la suite de la démobilisation des FARC.

La carte numéro 1 montre que les départements qui comptent le plus grand nombre d’ex-guérilleros victimes sont: Nariño (20); Cauca (19); Antioquia (13); Norte de Santander (10) et Caquetá (10).

Les municipalités de Tumaco, d’El Charco, d’Algérie, d’Ituango, d’El Tarra et de San Vicente del Caguán sont celles qui enregistrent le plus grand nombre d’homicides sélectifs d’anciens combattants des FARC.

Parmi les vingt-six membres de la famille des FARC réincorporés qui ont été assassinés, trois étaient des femmes et deux des mineurs. La carte 2 indique que les municipalités les plus victimes de ces actes sont Ituango et Tarazá à Antioquia, l’Algérie à Cauca et le Litoral de San Juan à Chocó.

Carte 1: Source – Fundación Paz y Reconciliación

Carte 2: Source – Fundación Paz y Reconciliación

L’histoire se répète-t-elle?

Selon une étude menée par le Centre National de la Mémoire Historique en Colombie, quatorze expériences et neuf programmes de processus de démobilisation, désarmement et réintégration (DDR) ont été effectués  depuis plus de 35 ans.

Je ferai référence en particulier à deux cas de DDR qui fournissent des éléments d’hypothèses pouvant expliquer l’assassinat sélectif des anciens combattants des FARC et de leurs familles.

 

L’EPL

Ce programme résulte de la signature de l’accord de paix avec l’Armée de libération populaire (EPL) le 15 février 1991 et de sa transformation ultérieure en un mouvement politique (Esperanza Paz y Libertad), sous le concept de réunion politique et sociale.

Les anciens combattants de l’ALP faisaient partie des programmes qui ont accueilli 6 500 anciens membres des divers groupes armés qui ont signé l’d’accord de paix au début des années 90. Ces groupes comprennent le M-19, le Mouvement armé Quintín Lame, le Parti ouvrier révolutionnaire, le Mouvement socialiste du renouveau et diverses milices populaires de Medellín.

Entre 1991 et 1996, une vague de violence contre les «Esperanzados» s’est déclenchée dans la région d’Urabá, menée par une faction dissidente du processus, qui a commencé comme une sorte de persécution politique alléguant une trahison. Dans cette campagne ont participé également certaines unités des FARC et des groupes paramilitaires.

Les municipalités où le nombre de démobilisés était le plus élevé étaient également les endroits d’émergence de ces nouveaux groupes armés.

En fin de compte, dix-huit massacres ont été commis ainsi que 763 agressions comprenant homicides, attaques, déplacements forcés et menaces. Les attaques systématiques ont exterminé ce mouvement politique et saboté les projets productifs de réincorporation économique.

Les groupes agresseurs (dissidents de l’EPL, des FARC et des paramilitaires) avaient décidé de poursuivre leurs luttes armées respectives et avaient eu recours à la violence pour dépouiller les terres où les anciens combattants de l’APL s’étaient installés.

Les AUC

La deuxième expérience découle de la loi nommée “Justice et paix”. Entre 2003 et 2006, 31 671 membres des Groupes unis d’autodéfense de Colombie (AUC) ont été démobilisés, et 20 267 d’entre eux ont participé activement aux programmes de réincorporation. Au cours de ce processus, l’incapacité des institutions à protéger les démobilisés était également évidente. La Commission nationale de réparation et de réconciliation a qualifié de crise humanitaire les plus de 1 300 meurtres, menaces, disparitions forcées et recrutements illégaux d’anciens combattants des AUC.

À cette époque, les municipalités comptant le plus grand nombre de personnes démobilisées étaient également les lieux où de nouveaux groupes armés avaient vu le jour, formés par les anciens paramilitaires. Cela s’est produit dans les départements d’Antioquia, Cesar, Córdoba et les Santanderes. Dans ces départements, il a été constaté que les conditions de sécurité étaient précaires, tant pour les démobilisés que pour les victimes reconnues dans le cadre de la loi Justice et Paix. Par le biais de menaces ou de propositions économiques, les groupes émergents ont essayé de recruter de nouveau les démobilisés pour grossir leurs rangs. Ceux qui ont refusé d’accepter “l’invitation” auraient été les principales victimes des représailles.

De même, des membres démobilisés des AUC ont été agressés à cause de leur prétendue collaboration avec les autorités afin de démanteler ces nouveaux groupes criminels.

Pourquoi les tuent-ils?

Emilio Archila, Conseiller du “post-conflit”, a affirmé dans un communiqué adressé à Iván Márquez que les assassinats d’anciens membres des FARC étaient le résultat de leur récidive dans des activités illégales.

Mais il y a trois autres hypothèses qui contredisent Archila et qui sont liées à l’expérience de la démobilisation des APL et des AUC.

Selon la première hypothèse, les ex-guérilleros réincorporés ont refusé de faire partie d’autres groupes armés. Ces groupes, enracinés dans ces territoires et ayant l’expérience de la guerre, se seraient vengés contre les ex-combattants des FARC.

La deuxième hypothèse concerne des désaccords qui n’auraient pas été réglés au moment de l’abandon des armes par les FARC, telles que les différents entre cette guérilla et le “Clan del Golfo” au Bajo Atrato ou à Arauca avec l’ELN.

La troisième hypothèse explique les actes de violence par une volonté  de vengeance de la population pour  des abus et des agressions qui auraient été perpétrés par les membres des FARC maintenant réincorporés, vengeance qui s’étendrait également aux familles des ex-guérilleros.

Pour tout cela, il est urgent de renforcer la sécurité et de garantir l’intégrité des personnes qui ont été réintégrées, en particulier de celles qui participeront activement aux prochaines élections régionales. Leur visibilité peut en faire des cibles pour les attaques d’agents légaux et illégaux.

Les articles les plus lu

Ex-Guérrilla, FARC, Homicides

Autres articles

Justice Transitionnelle

Le Parquet, un obstacle au processus de paix

par Medófilo Medina

Nestor Martínez, Procureur Général de la Nation, s’est avéré être un farouche opposant au processus de paix, ainsi qu’au processus de justice transitionnelle qu’il représente.

Droits Humains

Recrudescence de la violence en Colombie

par Redaction

Nous sommes en présence d’une nouvelle guerre qui vise les leaders sociaux, les personnes qui revendiquent des terres, les paysans, les femmes et les hommes dans les territoires