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Culture de Paix

Grâce à l’art les victimes des guerres urbaines de Medellín font acte de mémoire

par Verdad abierta, septembre 3 de 2019.

Grâce à l’art les victimes des guerres urbaines de Medellín font acte de mémoire

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par Verdad abierta

Dans la capitale la plus touchée par la violence un projet artistique s’est mis en œuvre afin de se souvenir des tragédies les plus douloureuses et rendre hommage aux victimes.

 

 

Traduction réalisée par Andrea Avila (Pazport)

 

 

D’après des études menées par le RUV, Registre Unique des Victimes et l’Unité Pour l’Attention et la Réparation des Victimes, une moyenne de 80 346 personnes ont été tuées à Medellin. Des groupes urbains, des guérillas, des groupes paramilitaires, des cartels de drogues et des groupes criminels ont leur quota de responsabilités dans ces morts, qu’a connu la capitale du département d’Antioquia au cours des quatre dernières décennies. Malgré cette situation douloureuse et la violence qui l’a maintenue dans les cordes, la société dans toute sa diversité, a su résister.

C’est cette résistance qui se voit sur les murs, les monuments, les statues et les hôtels dans toute la ville. Les artistes rendent hommage aux victimes et rappellent aussi à la société que ces barbaries ne doivent plus se répéter.

Entre 1987 et 2008, il y a eu 48 massacres, perpétrés par les groupes insurrectionnels, les cartels de drogue, les groupes paramilitaires et les membres des forces de l’ordre, qui ont laissé 248 victimes.

Le quartier Santo Domingo, au nord-ouest de la ville, est un exemple de résistance car, ayant été victime de la violence, o, y retrouve un mur avec la légende : « Que ceci ne se répète plus jamais ». D’ailleurs, y apparaissent les noms des 382 victimes de cette guerre. La fresque a été faite en 2005 par un groupe de paramilitaires démobilisés des AUC, Autodéfenses Unies de Colombie, qui ont décidé que la meilleure forme de demander pardon à la communauté était de faire une œuvre éternelle, qui aide les prochaines générations à se rappeler des événements.

Pour faire un rappel de la tragédie vécue, dans la station de Santo Domingo, du système de transport Métrocable, les passagers peuvent admirer une fresque. Peinte à côté de la Bibliothèque España elle dit : « Hommage aux victimes du conflit armé Comuna 1 (Banlieue dans la périphérie montagneuse de Medellin). Toujours dans nos cœurs ». Cette œuvre a été faite en septembre 2008 par un groupe de victimes de la violence de cette époque, avec le soutien du Programme Social d’Attention aux Victimes du Conflit Armé du Secrétariat du Gouvernement régional.

À quelques kilomètres de Santo Domingo dans le quartier La Milagrosa, les proches des jeunes assassinés à l’aube du 27 décembre 1992 dédient leur temps à nettoyer et embellir un autel qu’ils ont construit eux-mêmes pour se souvenir à jamais de cet événement qui a endeuillé la communauté.

Les gens racontent qu’un groupe de jeunes hommes et femmes, connus dans le quartier pour être des étudiants et travailleurs, parlaient au coin de la rue quand, soudainement, un groupe de personnes armées est arrivé. Ils les ont obligés à s’allonger par terre pour les tuer. 5 jeunes hommes et une jeune femme ont perdu la vie. Dans ce lieu se trouve une plaque avec leurs noms.

 

Grafitour : mémoire, esthétique et politique

Un autre exemple de cette expression de mémoire et résistance est né au milieu de la Comuna 13. Ce quartier était l’objet de dispute à feu et à sang entre guérilleros, paramilitaires et forces de l’ordre. Aujourd’hui il est devenu une galerie d’art urbain. Il s’agit du corridor qui relie trois quartiers : Las Independencias I, II, et III.

Ce couloir populaire est visité tous les jours par des touristes du monde entier, attirés par l’esprit vif et imposant des graffitis. Les guides de ce parcours sont des jeunes rappeurs et graffiteurs de la Casa Kolacho, un collectif qui souhaite démontrer au monde que là où il y a eu de la guerre, de la mort et du désespoir peut renaître la vie, l’espérance et l’art.

C’est ce groupe qui a décidé de colorer les murs gris, auparavant témoins des assassinats et des fusillades, avec des images en aérosol et peintures qui, au-delà de transformer cet endroit, rendent hommage aux victimes du conflit armé, à ceux qui ont résisté débout à la violence. Des étudiants, des enfants, des femmes, des ouvriers, des groupes autochtones, des afro-descendants et des personnes âgées ont été immortalisés sur les murs et les façades des maisons qui s’étendent sur un peu plus de deux kilomètres, au milieu d’une butte escarpée qui est aujourd’hui un belvédère de la ville de Medellin baptisé le balcon de la 13.

Grafitour offre la possibilité aux nationaux comme aux étrangers d’écouter, de la voix de ceux qui l’ont directement vécu, l’accumulation des histoires de violence, l’absentéisme de l’État, les inégalités, ainsi que les luttes, les résistances et kes transformations qui ont eu lieu dans la Comuna 13.

Il n’y a aucun espace pour la censure. Tout ce qui a eu lieu là-bas, ainsi que les principaux responsables, est raconté par les guides aux touristes, lesquels restent stupéfaits face à la cruauté des récits. Les jeunes responsables du projet ont aussi été victimes du conflit irrationnel. D’ailleurs « Kolacho » était le nom artistique de Héctor Enrique Pacheco, un leader communautaire qui a rêvé que le Hip-Hop et le graffiti devienne un moyen de sauver les enfants de la guerre. Il a été assassiné dans le quartier El Salado en 2009.

Sa mort a motivé les jeunes artistes de la Comuna 13 à faire face à la guerre à travers l’art et la musique, à résister avec de l’aérosol et des chansons. Cette tragédie a motivé la création du Grafitour, l’une des activités touristiques les plus recommandées à Medellin par les sites internet spécialisés.

Les organisateurs l’ont conçu comme “un parcours historique, culturel, politique et esthétique sur la Comuna 13. Il s’agit d’une initiative qui fait appel à la mémoire historique comme outil de transformation culturelle et sociale, laquelle, commence à donner ses fruits : « les enfants du quartier s’identifient ont pris ces jeunes comme modèle. Au moins ils s’intéressent à des choses comme la culture Hip-Hop, le graffiti. C’est très positif » explique JB, un guide du Grafitour.

 

Plusieurs référents

Dans le Musée Casa de la Memoria (Maison de la Mémoire) à Medellin il est possible d’apprécier des écrans qui montrent la localisation de plusieurs œuvres d’art qui racontent l’histoire de la ville.

L’un de ces lieux est une statue installée par la mairie en 2001 dans un centre sportif, elle rend hommage au footballeur Andrés Escobar, assassiné durant la guerre des narcotrafiquants. Un autre endroit est la plaque métallique qui rappelle Cristina Restrepo Cárdenas, étudiante en architecture, une des figures les plus prometteuses du ballet classique de la ville, assassinée le 15 juin 2008.

Un autre point de l’inventaire constitue les ruines de « el Pájaro (l’Oiseau) », la sculpture du maître Fernando Botero installée dans le parc de San Antonio au centre-ville et dynamitée durant la nuit du 10 juin 1995 par des inconnus faisant vingt-deux victimes et laissant l’œuvre à moitié détruite. C’était le choix du maître, Fernando Botero de laisser « el Pájaro » dans l’état pour rappeler l’ignominie de la violence et d’en installer un nouveau le 31 janvier 2000, comme une manière de réparer les victimes et de se manifester contre les auteurs de cet attentat. Le 14 avril de cette année-là, le maire Juan Gómez Martínez a installé une plaque avec les noms des victimes. Aujourd’hui c’est un des points de référence de la mémoire historique dont dispose la ville.

Un autre endroit de mémoire important est une œuvre que les citadins ont tous vu mais dont ils ne connaissent pas la signification. Il s’agit de la sculpture de « Los niños de Villatina (les enfants de Villatina) » installée dans le parc « del Periodista (du Journaliste). » Son créateur est Edgar Gamboa Velásquez. Ils sont rares ceux qui sont au courant que cette œuvre fait partie des mesures de réparation ordonnées par la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH). Cette organisation a prouvé la responsabilité de l’État Colombien dans l’assassinat de neuf personnes, huit d’entre eux étaient des mineurs. Ces assassinats ont été commis par une unité policière un soir de 1992. Une macabre vengeance aux assassinats de policiers financés par le cartel de Pablo Escobar.

« En 2016, nous avons fin un parcours de mémoire avec les jeunes de la ville. L’idée était qu’ils choisissent un lieu en relation avec la mémoire et qui éveille en eux des inquiétudes. Tous ont choisi « Los niños de Villatina » parce qu’ils voulaient en savoir plus à propos de cette culture et l’histoire qu’il a derrière parce qu’ils ne la connaissait pas » raconte Melina Ocampo, employée du Musée.

Pourquoi les gens de la ville ne la connaissent pas, malgré sa visibilité ? Ocampo explique que cette méconnaissance a lieu avec de nombreux monuments installés dans la ville avec la même finalité. « Peut-être manque-t-ils des mécanismes d’appropriation, c’est-à-dire que les gens s’approprient des sites de mémoire, parce qu’ils existent dans la ville. »

Sur ça, elle a raison. L’inventaire du musée Casa de la Memoria permet de trouver plus de 38 endroits de la ville qui rendent hommage aux victimes du conflit comme du narcotrafic mais curieusement, c’est avant tout l’histoire de Pablo Escobar Gaviría que les visiteurs veulent connaître.

 

« Le musée dispose d’une ligne de temps interactive. Sur celle-ci il y a un onglet de recherche et le mot le plus rechercé est celui de Pablo Escobar » affirme Ocampo qui pour sa part, met en valeur l’idée du maire de démolir le bâtiment Monaco (ancienne résidence du narcotrafiquant), afin de faire un parc à l’honneur des victimes du Cartel de Medellin.

« Ce n’est pas détruire le bâtiment sans raison. Il y a derrière toute une stratégie qui vise à rendre leur dignité aux victimes. Pour cela, il fallait mettre en place des interventions artistiques et symboliques dans les lieux des attentats les plus désastreux commis par le cartel de Medellin comme La Macarena et la Rue 70, entre autres. C’est un travail nécessaire, car il faut se rappeler de certaines choses et les victimes méritent leur reconnaissance et leur mise en valeur » précise la fonctionnaire du musée.

 

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