site web

Explorer les sujets
Suivez-nous Abonnez-vous à notre newsletter

La situation des populations indigènes, au cœur de multiples formes de violence

par Redaction, novembre 9 de 2019.

La situation des populations indigènes, au cœur de multiples formes de violence

nombre de autor

par Redaction

Contrairement à ce que laissait présager la signature des accords de paix entre la guérilla des FARC-EP et l’État colombien, la violence s’est ré-agencée, à changer de cible.

Par: Leo Raymond (Rédaction)

En effet, si au cours de l’année 2017 l’Hôpital Militaire avait vu le nombre de blessés diminué de 97% par rapport à l’année passée, preuve du silence des fusils entre la guérilla et l’État ; en revanche la recrudescence de la violence directe vis-à-vis des dirigeants sociaux était déjà à déplorer comme le démontrent le Système d’Information sur les Agressions contre les Personnes Défenseuses des Droits Humains (SIADDHH) du programme Somos Defensores.

Les chiffres des homicides entre 2016 et juin 2019 varient selon les instances : 292 morts selon le Procureur Général de la Nation, 486 pour le Bureau de la Défense du Peuple, et 734 d’après l’Institut d’Études sur la Paix et le Développement (INDEPAZ) ; mais bien que très disparates ils pointent tous une violence ciblée contre les dirigeants sociaux.

De plus, cette tendance ne se restreint pas à quelques territoires car, selon le rapport La naranja mecánica (L’orange Mécanique) du programme Somos Defensores, elle apparaît dans 28 des 32 départements colombiens, signalant de fait un problème national contrairement à ce qu’insinue le gouvernement actuel.

Aussi, parmi ces dirigeants sociaux, 97 indigènes ont été assassinés selon l’ONIC (Organisation Nationale des Indigènes de Colombie) depuis le début du gouvernement d’Ivan Duque le 7 août 2017. Mais la tendance semble s’être encore accentuée depuis le début de l’année avec environ 50 indigènes tués, atteignant même des pics de violence au cours de l’été 2019 dans les municipalités du Cauca. Plusieurs faits y ont été répertoriés, le plus récent, l’assassinat de Magdalena Cucubana, cacique (chef) du peuple Makaguan à Arauca, décapitée le 3 septembre.

Dans ce territoire-là le CRIC (Conseil Régional Indigène du Cauca) signale même que les groupes armés ont déclaré la guerre au mouvement indigène, entre autres, les catégorisant comme objectif militaire. L’assassinat, ainsi que les menaces aux gardes indigènes font partie du quotidien. L’autorité reconnue par la loi et découlant de la Constitution Nationale de 1991, confère aux communautés ethniques et culturelles une certaine autonomie en terme de gouvernance.

Aussi, début du mois de septembre, deux gardes indigènes ont été pris pour cibles par l’armée colombienne et l’un d’entre eux a été abattu par les autorités, d’autres massacres registrés à Antioquia et au Cauca contre les communautés Kwe’sx Kiwe nasa. Alors même que ces gardes se déplacent désarmés, avec pour seul symbole d’autorité un bâton en bois aux couleurs de leur peuple. Ces heures sombres de communautés indigènes renvoient aux plus terribles souvenirs des massacres perpétrés par les groupes armés et les falsos positivos (exécution extrajudiciaires) de l’Armée Nationale.

Les raisons de ces homicides sont simples, ces dirigeants quelques soient leurs organisations sont un cailloux dans la chaussure d’intérêts puissants auxquels ils s’opposent, comme nous le déclarait Diana Sánchez, directrice de Minga et du Programme Somos Defensores le 8 avril 2019. Ainsi ces atteintes aux droits humains sont tournées essentiellement contre des dirigeants et communautés œuvrant en faveur de l’application des points signés dans les accords de paix : l’éradication volontaire des cultures illicites, la restitution des terres, la reconnaissance des victimes. De manière plus large ce sont des luttes pour la protection de leur territoire, culture et environnement vis-à-vis de projets étatiques ou privés, extractivistes, économiques, des narcotrafiquants, ainsi que de la résurgence d’acteurs armés, légaux comme illégaux, qui se disputent nouvellement leurs territoires et les mannes financières mais aussi politiques qui en découlent.

Néanmoins, les meurtres commis par toutes les bandes (guérillas, dissidences, narcotrafiquants, paramilitaires et même l’armée) n’est qu’une partie visible de l’iceberg. La violence physique est incommensurable certes, mais la violence psychologique est, elle aussi, d’une efficacité redoutable. En effet, les chiffres sur les homicides occultent les menacés, les déplacés, les intimidés. Or toutes ces formes de violence ciblées contre les dirigeants contribuent à l’affaiblissement voire la destruction de ces processus organisatifs et communautaires et de leurs tissus.

Violence indirecte

Au-delà de ces violences physiques et psychologiques directes s’ajoutent d’autres types de violences contre les 102 populations indigènes, reconnues par la Constitution nationale colombienne, multiculturelle et pluriethnique. En effet, 70% d’entre elles sont actuellement, selon l’ONIC et le Centre de Mémoire Historique, en risque d’extinction physique et culturelle. 

Si les violences physiques et psychologiques directes dans les territoires et contre leurs dirigeants sont, bien entendu, une des causes, il est également nécessaire de mettre en évidence d’autres facteurs.

Tout d’abord, comme le montre les différentes études et recensements, la situation actuelle des peuples indigènes est plus critique que la moyenne nationale quant aux chiffres du chômage, l’accès aux services, à l’éducation, la pauvreté, la malnutrition. Cela s’explique en partie par une situation qu’eux-mêmes décrivent comme relevant de l’abandon étatique ; d’un État discriminatoire et néolibéral qui a toujours voulu les assimiler en vertu de l’imaginaire d’une Nation homogénéisée plutôt que valoriser et reconnaitre leur diversité.

Ainsi, alors que le rôle de l’État social de droit est de garantir le bon développement et les conditions de possibilités de ses citoyens, il est à noter que les territoires des groupes ethniques continuent de faire l’objet d’un manque d’infrastructures publiques si bien routières, éducatives comme sanitaires, etc., qui accentuent une exclusion tant économique que sociale et politique. Or, ces carences structurelles auraient dû être compensées par la Réforme Rurale Intégrale, l’Ouverture Politique et le chapitre Ethnique des Accords de la Havane de 2016 dans lesquelles ces points sont exprimés. Cependant, le non respect des accords de paix ou tout du moins leur application a minima par les gouvernements successifs de Juan Manuel Santos et de l’actuel Président, Ivan Duque, n’ont pas permis d’y remédier et ont, dans certains cas, continué d’accentuer ces inégalités.

Ainsi, ces populations indigènes, tout comme les autres populations dites vulnérables (afrocolombiens, paysans, etc.) sont aujourd’hui au cœur de divers processus de violence qui, malgré les discriminations et atteintes à leurs dirigeants, ne leur offrent pas d’autre alternative que la proteste et la résilience sociale pour obtenir ce qu’elles dénomment le buen vivir

Autres articles

Post-accords

De la haine à la guerre il n’y a qu’un pas

par Redaction

En ces temps d’inquiétude et d’incertitude face à la décision de quelques membres de la guérilla des FARC-EP, nous devons prendre position avec lucidité et altruisme.