site web

Explorer les sujets
Suivez-nous Abonnez-vous à notre newsletter

Mémoire Historique

[Numéro spécial 3/3] L’importance du mouvement étudiant en Colombie

par Editor, décembre 16 de 2019.

[Numéro spécial 3/3] L’importance du mouvement étudiant en Colombie

nombre de autor

par Editor

Nous invitons le lecteur à comprendre les dynamiques des revendications des mouvements étudiants à travers de la mémoire et les risques de la régulation par les forces de l'ordre.

Numéro spécial du groupe éditorial Pazport sur les mouvements étudiants en Colombie. La perspective historique et les phénomènes des mobilisation actuelles.

Octobre-novembre 2019
Auteurs : Juan Santoyo, Felipe Páez Barahona, Ricardo Arcos-Palma
Traduction : Laura Martin, Ellen Henao, Angie Rincon, Charlène Brault

La corruption dans les institutions publiques universitaires :  l’affaire de l’université Distrital de Bogota

La corruption dans les établissements d’enseignement public est un phénomène qui existe en Colombie depuis longtemps. Un an après les mobilisations de la MANE, l’ancien directeur de l’Institut d’Extension, Wilman Muñoz Prieto, a été accusé par la Direction nationale des enquêtes spéciales de détourner le budget destiné au fonctionnement de l’université (près de 3 millions d’euros), à des fins privées et pour des tiers entre juillet 2012 et janvier 2019. L’actuel directeur de l’université, Ricardo García, ainsi que deux précédents directeurs sont également impliqués dans cette affaire.

En réponse à cela, des étudiants de l’université Distrital sont sortis en signe de protestation pour exiger l’élection d’un nouveau directeur par la communauté universitaire. Actuellement, cette élection a lieu via le Conseil supérieur universitaire (CSU), dont les décisions ont reproduit le clientélisme et la corruption qui frappent continuellement les universités publiques.

La répression excessive des forces de l’ordre pendant les mobilisations d’octobre a affecté le personnel et les patients de l’hôpital San Ignacio de l’université Javeriana, ainsi que des étudiants et des passants innocents. Le mouvement étudiant s’est de nouveau rassemblé dans les rues du pays en réponse à ces événements pour protester contre un gouvernement qui avance avec voracité dans la formule néolibérale du FMI et de l’OCDE, impliquant une réduction des dépenses publiques, une hausse des impôts pour les classes moyennes et populaires et la vente des biens de l’État, et entraînant progressivement la privatisation de l’université publique.

Plusieurs facultés de l’université Distrital sont actuellement en grève. Le mouvement étudiant prépare une réponse nationale à la récente validation du budget général de l’État pour 2020, dont l’article 44 dispose que : « les universités publiques doivent exécuter les sentences et les jugements prononcés à l’encontre de l’État avec les ressources qui leur sont allouées ».

Ce 21 novembre, Iván Duque devra faire face à un pays qui sortira dans la rue, appelant à une grève nationale contre le « paquetazo de Duque » (ensemble des mesures fiscales du président), et suivant le mot d’ordre du pays voisin l’Équateur. Les étudiants, les communautés autochtones, les travailleurs et d’autres acteurs se réuniront de nouveau ; un seul peuple qui se manifeste dans la lancée des grèves latino-américaines, qui se révolte contre l’implacable assaut néolibéral international.

En résumé

La crise de l’université publique colombienne peut se résumer en trois questions fondamentales : la structure, la conjoncture et la vision. En ce qui concerne la structure, le financement de l’université publique est mal conçu. La réforme de la loi 30 n’a pas permis le financement correct des universités publiques, qui ont besoin d’environ 130 millions d’euros pour clôturer l’année scolaire, près d’un milliard d’euros de frais opérationnels et de 4 milliards d’euros pour solder la dette historique correspondant aux frais structurels des universités.

Actuellement, le niveau de la dette oscille entre 4 et 5 milliards d’euros. L’aide économique que les différents gouvernements ont mise en place grâce aux mouvements étudiants est insuffisante. Ce déficit est attesté par la diminution des professeurs titulaires et l’augmentation des contractuels, la diminution des programmes pour le bien-être universitaire, la diminution des programmes de recherche, la diminution du soutien académique à la recherche à l’étranger, à l’infrastructure, à la technologie, etc.

Concernant la question de la conjoncture, les inscriptions ont diminué ce dernier semestre dans le pays. Le budget général de l’État ainsi que le Plan national de développement du gouvernement Duque devraient inscrire cette priorité pour assurer une augmentation du financement. Les mobilisations étudiantes exigent le respect des accords formulés en 2018. Le vice-directeur administratif de l’université d’Antioquia, Ramon Javier Mesa, explique que les ressources promises dans la dernière réforme fiscale (article 684) ne sont pas arrivées dans leur intégralité et ont été destinées à financer des bourses de l’ICETEX et du programme Ser pilo paga.

Pour finir, la Colombie, dans sa tentative d’adhérer à l’OCDE et de faire partie de ce « club », n’a pas été en mesure de concrétiser une vision précise du modèle de développement du pays. L’organisme des sciences et de la technologie, Colciencias, outil fondamental pour le développement de ce domaine dans les universités et les instituts, a eu de sérieux problèmes administratifs qui ont causé de l’instabilité. En plus de subir des réductions budgétaires depuis 2012, « Colciencias est devenu la bourse d’emploi de la présidence […] ce qui est déplorable, car une entité aussi importante dans le développement d’une nation est devenue un centre de clientélisme et de politique », explique Alejandro Palacio, représentant étudiant au conseil supérieur de l’université nationale.

Le budget

La réduction progressive du financement de l’éducation en Colombie a été une volonté des gouvernements colombiens. Au contraire, la priorité a été donnée aux investissements dans d’autres secteurs, tels que celui de la défense. L’augmentation dans le secteur militaire est évidente depuis 2002 avec le Plan Colombia ainsi que la politique de sécurité démocratique de l’ancien président, Álvaro Uribe Vélez. L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) a publié un rapport qui classe la Colombie comme la nation sud-américaine ayant le pourcentage le plus élevé de son produit intérieur brut (PIB) investi au service de la militarisation en 2018 avec 3,1 % du PIB, soit 10,6 milliards de dollars.[1]

Source : UNESCO
Source : datosbancomundial.org

La réticence de l’État colombien de financer l’enseignement supérieur public place la Colombie comme le pays d’Amérique latine qui investit le moins dans l’éducation selon l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) : le gouvernement investit 3 245 dollars par étudiant alors que l’investissement suggéré par l’OCDE est de 10 000 dollars.

Tableau 1
(frais en Peso colombien)

Source : http://universidad.edu.co/wp-content/uploads/2007/12/4-millones-anuales-por-alumno-paga-el-estado-colombiano-a-la-universidad-pblica.pdf

Les mobilisations étudiantes en Colombie sont des phénomènes de résistance ayant historiquement rassemblé différents secteurs populaires de la société. Afin de forger un avenir digne et durable pour le peuple colombien, le gouvernement doit progressivement viser la gratuité de l’université publique. L’éducation doit être comprise comme un droit universel et sa gratuité doit être un impératif, d’autant plus pour des pays dont les indices de pauvreté et de sous-développement sont aussi élevés que ceux de la Colombie.

Une nation sans éducation est condamnée à la barbarie.
Seul un peuple éduqué est libre et émancipé.


[1] Más información https://www.utadeo.edu.co/sites/tadeo/files/collections/documents/field_attached_file/20190430cl010.pdf

Autres articles