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Ouverture Politique

La violence durant les dernières élections régionales en Colombie

par Redaction, mars 29 de 2020.

La violence durant les dernières élections régionales en Colombie

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par Redaction

Au cours de l'agenda électoral des élections régionales du 27 octobre en Colombie, l'alerte à la violence électorale a été constante dans de nombreuses régions du pays.

Par : Angie Rincón

Le 27 octobre dernier en Colombie se déroulait la journée consacrée aux élections régionales qui a lieu tous les 4 ans, afin de nommer les gouverneur·es, les maire·sses et les conseiller·es municipaux. Dans un pays marqué par la violence, l’impact que peut avoir la criminalité et l’illégalité le jour des élections est un sujet auquel le gouvernement et les institutions publiques ne peuvent se soustraire. Cependant, 3 ans après la ratification des accords de paix entre le gouvernement et l’un des groupes armés les plus importants du pays (les FARC), les attentes par rapport à ces élections étaient élevées en ce qui concerne la baisse de la violence. Selon différentes sources, la violence électorale a diminué pour ce qui est de la présence des groupes armés illégaux le jour même des élections. Cependant, en analysant de près les faits de violence survenus au cours de l’agenda électoral dans les différentes régions, la situation est alarmante et en dit long sur la mise en pratique du droit de participation à la vie politique des Colombiens.

D’après les données de la fondation Paz y reconciliación (institution qui a réalisé plusieurs rapports sur les violences électorales comprises entre le 27 octobre 2018 et le 10 octobre 2019), la période électorale a laissé derrière elle 230 victimes dans tout le pays ; parmi elles, des candidats, des pré-candidats, des membres de partis ou de mouvements politiques, des fonctionnaires et des personnes ayant dénoncé des cas de corruption. Les faits de violence ont été variés. Dans la plupart des cas cela s’est traduit par des menaces, mais également par des attentats, des assassinats et des enlèvements. En tout, on dénombre 24 assassinats dont les victimes étaient majoritairement des candidats et pré-candidats des partis du gouvernement et de l’opposition. Compte tenu des différents faits de violence, la MOE (Mission d’observation électorale) avait rapidement lancé une alerte indiquant qu’au moins 152 municipalités dans le pays présentaient un risque de fraude ou de violence électorale.

Les différents faits révèlent une façon d’agir de beaucoup d’adversaires politiques, marquée par la criminalité. Il va de soi que pour beaucoup de politiciens la violence sélective est une stratégie qui assurerait la mise hors-jeu de leurs adversaires sur la scène politique. Dans ce contexte, il devient clair que le droit d’être élu et d’élire n’a pas de mise en application réelle dans beaucoup de territoires. De plus, ce type de violence vient attaquer les droits démocratiques des citoyens, beaucoup étant condamnés à des persécutions, à la prise de décisions politiques en réponse à des pressions ou à la peur et même à la mort.

De plus, ces actes démontrent que dans beaucoup de territoires ce ne sont pas les organismes gouvernementaux qui instaurent l’ordre, mais bien les groupes illégaux, que ce soit par intérêt idéologique, politique ou économique, et qui ont le contrôle du territoire par le biais de la criminalité. Cela induit une incapacité du gouvernement à exercer un contrôle et à garantir la sécurité de sa population. La preuve en est l’augmentation de la violence durant les mois englobant la période des élections. Par ailleurs, beaucoup de cas de dénonciations des menaces se sont soldés par des attentats ou des homicides. D’autre part, le fait que dans 71 % des cas de violence électorale les auteur·es ne soient pas démasqué·es renforce le fait que le gouvernement ne mette pas à disposition de la population un plan efficace pour apaiser la situation.

Dans ce contexte, la démocratie représentée par le droit de vote de chaque citoyen se mêle à des pratiques violentes, à tel point qu’elle en perd sa légitimité. Dans de telles conditions, une véritable démocratie ne peut exister puisqu’il n’est pas possible d’assurer une participation libre de chaque citoyen ; elle ne peut exister, non seulement car les victimes directes sont intimidées par des menaces, des pots-de-vin ou sont dans le pire des cas tuées pour être passées sous silence, mais également car le climat de peur créé dans les territoires déboute, influence ou empêche la population de pouvoir s’exprimer dans les urnes de manière libre. Ces pratiques regroupent différentes régions du pays dans des dynamiques gouvernées par le pouvoir criminel, ce qui rend impossible l’édification d’une société par le biais de la confrontation d’idées et d’arguments. Cette situation est si récurrente qu’elle a mené le pays à voir la violence électorale comme faisant partie de la stratégie politique.

Les élections du 27 octobre dernier ne laissent pas seulement un goût amer au regard du nombre de victimes, elles ont également suscité de grandes interrogations quant à la sécurité dans les régions, car la possession des différentes personnalités politiques, ainsi que la composition des différents cabinets dans les mairies et les gouvernorats, est une activité qui est loin d’être dénuée d’intérêts individuels. Si à cela on ajoute les massacres des leaders sociaux et indigènes qui ont eu lieu tout au long de l’année, il est clair que le gouvernement national doit alors repenser sa stratégie de sécurité et mesurer sa présence dans les régions les plus affectées afin d’avancer dans la construction d’un pays plus démocratique.

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