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ENCORE DES DISCOURS DE GUERRIERS

par Indepaz, mars 30 de 2020.

ENCORE DES DISCOURS DE GUERRIERS

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par Indepaz

Mike Pompeo et son nouveau plan de lutte contre le narcoterrorisme 

Auteur : Camilo González Posso 
Président d’INDEPAZ
Bogotá D.C., 21 janvier 2020

Traduction : Ellen Henao

L’échec de la stratégie des États-Unis visant à renverser le président vénézuélien Maduro en 2019 a été reconnu par l’administration Trump dans la déclaration du 9 janvier 2020. Dans cette dernière, il était question de la possibilité d’un dialogue en vue de l’organisation des élections en fin d’année. « Une transition rapide et négociée vers la démocratie est la voie la plus efficace et durable vers la paix et la prospérité au Venezuela », indique Mike Pompeo.

Même du côté républicain, des voix se sont élevées contre le fait de risquer le sort des intérêts états-uniens dans la région latino-américaine face à cette politique de tentative de coups de main à court terme, avec l’idée fausse de précipiter un soulèvement interne et une insurrection de secteurs importants de l’armée vénézuélienne.

La stratégie de Washington allie le renforcement du blocus, l’augmentation de l’exil vers la Colombie d’un million de Vénézuéliens supplémentaires, le perfectionnement d’opérations d’infiltration, la mise sous pression de Cuba, de la Russie et de la Chine et le prolongement de la crise interne au Venezuela. Un coup d’État à la bolivienne ne semble pas viable et des attaques militaires, comme en Iran, ne concordent ni avec la période préélectorale ni avec le panorama de rejet et de discrédit de Trump en Amérique latine.

Sur le continent, la Colombie est considérée comme l’allié parfait de l’hégémonie yankee :un allié bon marché que l’on arnaque avec quelques dollars pour faire des discours radicaux et mettre son territoire à disposition du Pentagone et du Comando Sur (commandement Sud des États-Unis).

Complaisant avec Trump, Iván Duque continue de soutenir le décrié Guaido, en lui donnant une tribune pour qu’il « considère toutes les options » et en n’hésitant pas utiliser la polarisation avec le régime de Maduro pour obtenir quelques miettes des États-Unis et justifier les politiques de guerre en Colombie.

En décembre dernier, le Congrès des États-Unis a approuvé une enveloppe de 448 millions de dollars pour renforcer sa stratégie géopolitique en Colombie. De petites sommes ont également été allouées pour compenser la Colombie de l’exode des Vénézuéliens, un exode forcé par l’implacable blocus à l’encontre du Venezuela, à travers, notamment, la confiscation de ressources de l’État à l’étranger. Les « faucons » de Trump ont désormais fait un bond en avant en qualifiant le gouvernement Maduro de menace terroriste sur le continent, pour soi-disant accueillir sur son territoire le Hezbollah, une organisation chiite libanaise – alliée de l’Iran et de la Syrie – qui s’oppose violemment aux intérêts américains au Moyen-Orient. 

La visite du secrétaire d’État américain en Colombie s’est accompagnée des traditionnelles manœuvres militaires conjointes, faisant partie de la stratégie de guerre contre le trafic de drogues et le terrorisme. Les anciennes pratiques se renforcent face à ce qu’ils appellent la « menace des organisations criminelles transnationales », qui promeuvent le trafic de drogues, en particulier de la cocaïne. Ces pratiques apparaissent en réaction aux menaces imaginaires de « puissances extracontinentales » et, maintenant, à la présence au Venezuela, à Maicao ou à Cúcuta dit-on, de groupes terroristes en provenance du Moyen-Orient, selon le scénario des infox.

La présence de l’ELN aux frontières et la base présumée du petit groupe de dissidents d’Iván Márquez (ancien FARC) sur le territoire vénézuélien sont des éléments supplémentaires pour l’accusation de terrorisme et la justification de l’ingérence dans le pays voisin.

Adam Boehler, directeur général de la Société de financement du développement international des États-Unis (DFC), est venu préparer la visite de Pompeo en annonçant la disposition des États-Unis à consacrer 5 milliards de dollars, au cours des dix prochaines années, à des investissements sociaux en lien avec la guerre contre le trafic de drogue et avec l’éradication forcée des cultures de coca.

Le destin précis de ces financements n’est pas clair. Ce qui l’est, en revanche, c’est que les États-Unis veulent une « action intégrale », qui leur permettra d’utiliser la Colombie comme plateforme pour des opérations secrètes et d’éventuelles actions de provocation au Venezuela.

Par ailleurs, les États-Unis ont tout avantage à renforcer la stratégie « de consolidation et d’action sociale » dans les zones à forte présence de cultures de coca et de laboratoires de production de cocaïne, en orientant lesdites « Zonas Futuro », ainsi que d’autres Zones stratégiques d’intervention intégrale (ZEII), vers l’éradication forcée. Dans cette optique, ils font pression pour mettre en œuvre la fumigation aérienne de glyphosate et le contrôle militaire, justifié par des arguments de sécurité nationale. D’un côté, ils inventent une guerre internationale contre le terrorisme et le Hezbollah, et de l’autre, la guerre contre le cartel de Sinaloa et ses groupes opérationnels de soutien, qui, dans ce scénario poussé à l’extrême, agiraient sous des ordres étrangers dans différentes parties du pays.

Cette matrice de pensée des stratèges états-uniens a été intégrée à la política de seguridad y de defensa[1], élevée au rang de loi de la République lors de la validation du plan de développement 2018-2022. On y trouve cette idée que les menaces sont un problème de sécurité nationale et le danger des « puissances extracontinentales », si chères à la doctrine Trump et son slogan « l’Amérique aux Américains », y est mis en évidence, avec la résurrection du Traité interaméricain d’assistance réciproque (TIAR) et toute l’idéologie fanatique antilibérale et antisocialiste.

Le procès de Trump au Sénat des États-Unis et l’urgence de la campagne présidentielle dans ce pays ajoutent un autre élément à la stratégie du président-candidat, consistant à tendre les conflits dans la région, en particulier avec le Venezuela, et à aligner ses alliés dans un radicalisme guerrier.

Inventer d’autres microguerres en Colombie semble très pratique pour eux, afin de réorganiser l’agenda du débat préélectoral, même si cela signifie mettre davantage de bâtons dans les roues de la paix en Colombie et de la mise en œuvre des accords signés en 2016, avec l’approbation de l’administration Obama.

En général, le discours vise le « castro-chavisme » et signale, en tant qu’ennemi et complice de la tyrannie et du « madurisme », toute prétention à respecter les pactes internationaux de souveraineté et d’autodétermination. Même la gauche – ou centre-gauche – colombienne, critique du madurisme et partisane d’un dialogue pour rétablir l’ordre constitutionnel brisé au Venezuela, est attaquée en tant qu’alliée du castro-chavisme. 

Voilà les discours d’une autre guerre qu’ils sont en train d’inventer pour les prochaines années, mais qui rencontre plus d’obstacles que jamais pour tromper la conscience anticonformiste des Colombiens. Ce ne sera pas si facile pour les guerristas de 2020.


camilogonzalezposso@gmail.com



[1] politique de sécurité et de défense

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