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Droits Humains

La disparition forcée en Colombie

par Sergio Segura, novembre 27 de 2017.

La disparition forcée en Colombie

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par Sergio Segura

Les dialogues de paix entre l’insurrection colombienne et le Gouvernement ont fait que la discussion sur les 80.000 disparitions forcées prenne de l’importance.

Des institutions officiels signalent que en Colombia sont plus de 60.000 personnes les victimes de disparition forcée dans les derniers 60 ans. 80% d’elles sont produites par l’acction des paramilitaires et des forces de sécurité de l’état. Les dialogues de paix entre l’insurrection colombienne et le Gouvernement ont fait que la discussion sur les droits  humains prenne de l’importance dans le cadre de la mise en place de la Commission pour l’Éclaircissement de la Vérité. L’Assemblée Générale des Nations Unies a établi que les disparitions forcées sont des crimes contre l’humanité généralement commis par les États contre leurs contradicteurs politiques.

 

Par Sergio Esteban Segura*

Justement dans les jours durant lesquels on parlait de la Journée Internationale des Victimes de Disparitions Forcées, les familles de celles-ci ont obtenu que le président Juan Manuel Santos signe l’article du Décret de Loi 589 du 5 avril 2017, pour la création de l’Unité de Recherche des Personnes Disparues (UBPD). Ce corps normatif enquêtera sur les crimes de guerre et établira les mesures pour la recherche des disparus. Cependant, la mise en application de tout ce qui est lié aux Accords de la Havane avance lentement. La bonne nouvelle est que cet organisme est depuis le 26 septembre sous la direction de la défenseuse des droits humains Luz Marina Monzón. La reconnaissance juridique de la part de la Cour Constitutionnelle reste nécessaire pour sa mise en fonction.

Données générales

D’après le Registre unique des Victimes (RUV), sur les 32 dernières années la disparition forcée laisse un compte de 167.554 personnes affectées (46.970 de manière directe, 120.584 de manière indirecte), Antioquia (27.193 disparus) et les Llanos orientaux (21.498) étant les territoires les plus touchés. L’information existante, principalement, vient des déclarations des acteurs armés. Des 60.630 victimes reconnues de disparition forcé, il existe des informations pour seulement 8.122 d’entre elles. Un rapport du Centre de la Mémoire Historique ajoute que dans 3.480 cas le cadavre a été trouvé et que pour 3.658 cas il n’y a pas d’information sur l’emplacement des restes.

Camilo Torres Restrepo, assassinée par l’Armée Nationale en 1966, est peut-être l’un des cas de disparition les plus emblématiques. Le général Álvaro Valencia Tovar est mort en 2014 sans révéler la véritable position des restes du curé révolutionnaire. De la même manière, Omaira Montoya, disparue en 1977 par le défunt F2 (corps secret des services d’intelligence de la Police Nationale), a été le premier cas de disparition forcée à être reconnu comme tel en Colombie.

De même, sont documentées 423 victimes autochtones, 421 noirs, 26 raizales (peuple autochtone originaire de l’Archipel de San Andrés, Providencia et Santa Catalina. ndlr) et 3 palenqueros (noirs originaires de San Basilio de Palenque. ndlr), pour un registre total de 874 personnes ayant une appartenance ethnique. Pour seulement 5.231 cas enregistrés l’occupation de la victime est connue : 43.3% sont paysans.

Si nous examinons chronologiquement les données depuis 2002, époque à laquelle Álvaro Uribe endossait la Présidence, elles reflètent une réalité terrifiante. 15.260 personnes ont disparu pour la seule année 2002, alors que en 2003 ont été enregistré 12.230 victimes. L’enregistrement de cas a diminué pour atteindre 2.357 disparitions en 2009. En 2010, année à laquelle a commencé le premier mandat de Santos, 1.392 cas ont été enregistrés. En 2015 et 2016, période de majeure concrétisation de l’accord de paix entre les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC-EP) et le Gouvernement, se sont présentés respectivement 73 et 54 cas.

Bien qu’en cette première partie de 2017 les données ont baissées à 5 disparus (le niveau le plus bas depuis 1985), il est clair que c’est un phénomène qui ne réveille pas d’intérêt général, les efforts pertinents pour la visibilisation des victimes et leur recherche effective n’ayant pas été réalisés.

Des rapports connus, il semble que pour 51,4% du total des victimes, l’acteur responsable n’est pas reconnu. Dans 46,1% des cas, la responsabilité de ces disparitions, selon le Centre de la Mémoire Historique, est celle des paramilitaires.

Durant des décennies, les données des disparitions en Colombie ont été caché. Jusqu’à il y a peu, les chiffres officiels ne reconnaissaient pas plus de 26.000 disparitions forcées. Suite à la compilation de photographies, de sentences judiciaires, de reportages audiovisuels et de 102 sources sociales et institutionnelles, l’Unité Pour les Victimes, en 2015, a conclu qu’on été pris en compte 6.570 exhumations réalisées par la Fiscalía (procureur colombien. ndlr) jusqu’au 1er juin 2016 dans des fosses communes de tout le pays, desquelles 3.075 corps ont été identifiés, 1.334 étant ceux de victimes de disparitions forcées.

Impunité à 100%: “Nous sommes dans une fosse appelée Colombie »

Gloria Gómez, directrice de l’Association de Familles de Détenus Disparus (Asfaddes), assure que l’impunité est presque de 100%. Elle indique également que « L’engagement est de visibiliser la disparition forcée, engager la société dans le rejet de ce crime atroce ». Selon Gómez, « il doit y avoir un renforcement de la banque de profils génétiques, qui est très faible, il n’y a pas la capacité suffisante dans l’univers des disparus et la Médecine Légale doit se renforcer pour continuer à être un soutien des processus d’identification des personnes », ajoutant que « l’Unité de Recherche des Disparus doit s’entourer de capacités et de ressources pour commencer le travail de recherche ». De la même manière, Hernán Jojoa, président délégué de la Commission Nationale des Personnes Disparues, a souligner que « la tâche est de les retrouver et de les rendre à leur famille ». Gómez ajoute  que la Fiscalía, l’une des autorités chargées d’éclaircir les faits de disparition forcée, est l’institution qui a produit le moins de résultats en matière de recherche.

Autour de 15.000 corps sont pleinement identifiés, enterrés dans des centaines de cimetières du pays, cependant personne ne les réclame. L’anthropologue légiste Helka Quevedo Hidalgo dit que dans 99% des cas il est prouvé qu’il n’y a pas de protocoles de recherche.

Dans le rapport Textes corporels de la cruauté réalisé par le Centre de la Mémoire Historique, se contrastent les registres du Système d’Information Réseau de Disparus et Cadavres (Sirdec) et ceux du Système Pénal Oral d’Accusation (Spoa) de la Ficalía Générale de la Nation (bureau du procureur pénal général. ndlr), prouvant que les disparitions peuvent être bien plus nombreuses que celles reportées jusqu’à présent. Dans ce sens, cela reste une information partielle, beaucoup de membres des familles ne dénonçant pas les faits par peur des représailles.

La disparition forcé, en étant un fléau qui détruit le noyau familiale et social du disparu, nécessite l’engagement des législateurs pour qu’ils répondent aux victimes. Les familles allèguent du peu de qualité de l’Unité des Victimes et de l’absence d’accompagnement psychosocial que devrait garantir le Ministère de la Santé. Cependant, le peuple qui paye les victimes est aussi celui qui fournit les ressources humaines pour sa propre réparation, une situation qui mérite de se questionner sur les leçons de l’histoire. Malgré les circonstances qui leur sont imposées, persistent des actes de suprême solidarité, d’entraide mutuelle et d’organisation.

Éclaircissement de la Vérité et le droit à exiger des réponses

Les plus vieilles institutions du continent ne pourraient être pires. La branche exécutive est plongée dans tout type de réseaux de corruption et de clientélisme, ce pour quoi une réforme de la justice n’est pas suffisante, dans la mesure où des changement de fond sont nécessaires dans tout le système politique. Sans recherche effective de la Vérité, il n’y aura pas de base solide pour la construction d’un pays en paix qui garantisse la non répétition de la barbarie survenue durant les plus de cinq décennies de conflit. La société entière doit exiger une justice honnête et prompte, le système de justice actuel ayant dévoilé des liens avec des délits graves en relation avec le conflit armé et la corruption (l’ex président de la Cour Suprême est en prison). Transformer ce milieu sera une démarche clé pour ce que l’on nomme le post-conflit.

Diverses institutions de l’État s’interposent sans scrupules pour empêcher la mise en oeuvre de ce qui a été accordé à la Havane, entre autres, la Fiscalía. Néstor Humberto Martínez a radicalisé les obstacles pour que la Juridiction Spéciale pour la Paix (JEP) ne commence pas son travail. De plus, Martínez s’est distingué pour ne pas soutenir l’Unité de démantèlement du paramilitarisme récemment créée. Ceci rend difficile d’asseoir les bases pour qu’il y ai un processus sérieux de réparation et de concrétisation de la Vérité.

La constitution de la Commission pour l’Éclaircissement de la Vérité, la Coexistence et la Non Répétition (CEV), scellée le 5 avril par la Présidence de la République sous le Décret 588 de 2017, joue le rôle de révélateur. Ce mécanisme fait partie du Système Intégral de Vérité, Justice, Réparation et Non Répétition (SIVJRNR), avec d’autres dispositifs qui seront les instruments pour atteindre trois objectifs de garantie tant du droit à la vérité que du droit à la justice : i) contribuer à éclaircir les faits du dernier demi siècle ; ii) reconnaissance formelle tant des victimes que des victimaires ; et iii) la promotion et l’exécution des plans de coexistence non violente dans les territoires les plus affectés.

A ce propos, différents juristes du pays concordent sur le fait que la combinaison de la vérité judiciaire, extrajudiciaire et d’initiatives individuelles et collectives, est la meilleure alternative pour une élucidation intégrale. C’est-à-dire, châtiment exemplaire pour les responsables de délits graves, additionné à des initiatives de caractère citoyen qui contribuent au processus de reconstruction de la mémoire. Pour ce défi difficile, la CEV, formée par onze personnes (actuellement assujetties à un processus de sélection et de contrôle citoyen), doit compter avec un délai de trois ans pour achever un rapport éclairant.

Avec l’expérience de la démobilisation des paramilitaires dix ans avant, durant le gouvernement d’Uribe, il a été démontré que la vérité judiciaire comme unique mesure a des limites en termes de concrétisation d’une vérité intégrale en accord avec l’idée de justice restaurative, le processus ayant été basé sur la production de condamnations, décisions postérieures aux versions libres de plusieurs chefs paramilitaires (de pronto integrar una nota sobre el proceso de « versión libre » y «sesión de preguntas » de las víctimas a los paramilitares), la majorité étant actuellement extradés et à distance, sans possibilité de contribuer aux processus de réparation des victimes.

La CEV, elle, n’a pas d’objectifs purement punitifs (et ne peut les avoir, étant un mécanisme extrajudiciaire), au contraire ; de la reconstruction du récit du passé est produit un rapport qui doit contenir les connexions des différentes stratégies de terreurs créées durant la guerre, c’est-à-dire une Vérité la plus complète possible, processus qui devra être différent du travail réalisé par le Centre de la Mémoire Historique depuis les six dernières années.

Le rôle de la CEV devra mener à générer un dossier documentaire de récupération et conservation de la mémoire et accomplir le droit à l’accès à l’information de la part des victimes. Il lui correspond de jeter la lumière pour dévoiler les faits sauvages de la répression officielle, dénoncer la violation des droits humains et avoir une incidence sur la formulation de politiques publiques qui impulsent des réformes pour que soient garantis les droits fondamentaux des secteurs les moins protégés de la société.

Pour terminer, il semble approprié de citer un discours du 8 septembre 2003 du sénateur Álvaro Uribe lorsqu’il assumait la charge de chef de l’État, durant la cérémonie de nomination du commandant des Forces de l’Aire, ceci afin de ne pas oublier d’où vient la persécution des défenseurs des droits humains : « Sont apparus des collectifs d’avocats, ils sont apparus sous le nom de l’un ou l’autre des porte-paroles du terrorisme et des trafiquants de droits humains, qui devrait, une fois pour toute, faire tomber le masque (…) General Lesmes : vous assumez le commandement des Forces de l’Aire pour mettre en déroute le terrorisme. Que les trafiquants des droits humains ne puissent vous retenir… ».

Ces paroles ont été accompagnées par les institutions du pays, sans failles, au point de configurer une véritable politique d’État toujours en vigueur, que ce soit par la permanence des structures de violence et d’impunité qui alimentent ces pratiques, et pour le silence qui accompagne la tragédie des disparitions forcées massives en Colombie.

 

*Sergio Segura est journaliste et analyste politique colombien, rédacteur de médias indépendants et chroniqueur de la Revue Lanzas y Letras (Lances et Lettres ndlr.) et du portail d’information argentin Marcha Noticias.

 

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