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Droits Humains

Ituango a besoin de nous, la Colombie a besoin de nous

par Citoyennetés pour la paix de la Colombie, août 3 de 2021.

Ituango a besoin de nous, la Colombie a besoin de nous

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par Citoyennetés pour la paix de la Colombie

La Colombie vit depuis 95 jours une grève générale inédite. Nous sommes témoins de la plus grande explosion de revendications sociales et d'une forte répression de l'Etat

La Colombie vit depuis 95 jours une grève générale inédite. Nous sommes témoins de la plus grande explosion de revendications au travers de l’art et surtout de l’union des forces citoyennes. Art exprimé de différentes manières: des concerts et batucadas, des graffitis, des danses et des performances. Ces expressions si diverses témoignent du moment historique que nous vivons. Elles rendent visibles des problématiques structurelles du pays comme la faim, la misère, le chômage, l’analphabétisme, l’absence d’un système de sécurité sociale équitable, des réformes fiscales injustes… Elles revendiquent nos identités (multiethniques et multiculturelles) et représentent diverses facettes de la lutte à la recherche d’un pays où l’on puisse vivre avec dignité. Cependant, le gouvernement de l’actuel président Iván Duque Marquez n’a répondu que par la force, la militarisation des villes et un discours stigmatisant le mouvement social et les manifestant.e.s. Bien qu’il y ait eu des cas de vandalisme pendant les manifestations, la Commission Interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH), lors de sa visite en Colombie au mois de juin, déclare que 90% des manifestations qui ont eu lieu dans le pays étaient pacifiques.

L’institut d’études pour le développement et la paix (lndepaz), quant à lui, a dénoncé la présence de paramilitaires et policiers habillés en civil infiltrés dans les manifestations. Certains d’entre eux ont été arrêtés par la population civile et remis à la police après avoir été pris en flagrant délit causant des dommages à des biens publics. Un autre fait marquant a été l’attaque de la Garde Indigène à son arrivée à la ville de Cali par des civils armés protégés par la police, attaque qui a laissé 12 personnes blessées. L’usage démesuré de la force par la police, l’armée et l’ESMAD (Escadron Mobile Anti-émeute) contre les manifestant.e.s dans plusieurs villes du pays, rend le panorama terrifiant. Le solde d’agressions et de morts augmente chaque heure. Au 15 juillet, l’ONG Temblores et INDEPAZ rapportent au moins 4852 cas de violences, 44 homicides, plus 28 en cours de vérification, plus de 1468 personnes blessés ou mutilées (dont 90 blessées aux yeux et 228 blessées par balle), 2053 arrestations arbitraires, 35 personnes victimes de violences sexuelles, dont la plupart des femme, tout ceci commis par les forces de l’ordre.

La population est très inquiète par des disparitions suspectes et des corps de manifestant.e.s torturés et mutilés qui apparaissent dans des sacs poubelles ou flottant dans les rivières. Malheureusement, ceci n’est pas un fait isolé. Lors de la grève nationale en 2019, les manifestations ont été entravées par des affrontements, des attaques et des meurtres commis par les forces de l’ordre. Différents articles et documents mettent en évidence les violations des droits humains par les forces de l’ordre en 2019 et 2021. Pour les consulter et rester informé.e.s, vous pouvez consulter notre plate-forme Pazport press ou notre page facebook en scannant avec votre Smartphone ce code QR : 

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Suite à sa visite en Colombie, la CIDH, a publié le mercredi 7 juillet un rapport dans lequel elle se dit préoccupée par “l’usage disproportionné de la force, la violence sexiste, la violence ethno-raciale, la violence contre les journalistes et les missions médicales, les irrégularités dans des “gardes à vue par sécurité”, et les rapports de disparitions; ainsi que le recours à l’assistance militaire, aux pouvoirs disciplinaires et à la juridiction pénale militaire”. Ce rapport contient 40 recommandations adressées au gouvernement colombien, qui s’est montré réticent à accepter ce rapport et a attaqué l’organisme en la qualifiant de “gauchiste”, “complice”, et d’avoir une teinte politique. Alors, un gros doute existe quant aux intentions du gouvernement à mettre en œuvre les recommandations que la CIDH a formulées, laissant dans l’impunité tous les crimes commis dans le cadre de cette grève générale.

Déplacement forcé à Ituango

Depuis des décennies, le peuple colombien subit d’atroces violences à répétition dans les villes, les campagnes, les territoires profonds du pays. Sans trêve, la violence envers les populations de la Colombie profonde redevient visible. La prise de pouvoir par des groupes paramilitaires en Colombie est imparable et la situation à Ituango, un village de paysan.ne.s à l’ouest de la Colombie, n’en est qu’un exemple. En ce moment, plus de 4 000 personnes fuient leur territoire, elles ont laissé derrière elles leur terres et propriétés à cause de la peur d’être assasiné.e.s par des groupes paramilitaires. La réponse du gouvernement a été de leur dire qu’ils devaient rentrer chez eux, ignorant le réel danger dans lequel ces familles vivent et ignorant sa responsabilité en tant qu’État pour contrôler ces groupes armés et offrir de la sécurité au peuple. Il s’agit du deuxième déplacement forcé qu’Ituango vit cette année, le premier ayant eu lieu au premier trimestre de 2021 et ayant fait plus de 500 personnes déplacées.

Qu’est-ce qui se cache derrière le déplacement de la population d’Ituango? En plus de la route de transport de la cocaïne et de la culture de coca vient s’ajouter l’exploitation minière et les nombreux titres miniers en jeu, la dispute pour le contrôle de ce territoire riche en or, nickel et autres minéraux.

Pourquoi les gens fuient-ils? A Ituango, “les assassinats pour l’exemple” impliquant torture, mutilation, démembrement et décapitation sont récurrents. La population sait très bien ce dont les groupes paramilitaires sont capables de faire si elle n’obéit pas. C’est pourquoi, ils préfèrent abandonner tout ce qu’ils ont construit avec tant d’efforts et quitter leurs fermes pour sauver leurs vies. Bien que le déplacement soit systématique dans cette zone, nombreux leaders sociaux de la région s’interrogent sur le fait qu’à ce jour, aucun criminel n’ait fait l’objet d’une enquête ou n’ait été emprisonné ni condamné pour ces crimes et agressions.

Nous tenons à dénoncer que depuis le début de son mandant le président Iván Duque s’est montré être contre la mise en œuvre des accords de paix signés en 2016 à La Havane. Cet entrave aux accords, le manque de garanties données à l’opposition ainsi qu’au processus de démobilisation des ex-guérilleros donne comme résultats, non seulement la formation des dissidences des FARC-EP, mais aussi l’assassinat systématique de plus de 1200 dirigeants sociaux et de 280 ex-combattants signataires des accords de paix.

Le soutien et la solidarité de la communauté internationale est, plus que jamais, essentiel et nécessaire pour dénoncer ces Crimes contre l’humanité, faire pression sur le gouvernement colombien afin qu’il s’engage, de manière réelle et assurée, à respecter le processus de paix, à prendre en compte les 40 recommandations formulées par la CIDH, à respecter les droits humains et la dignité, et à exécuter en toute transparence le budget européen destiné à soutenir la paix en Colombie.

Communiqué, Droits Humains, Ituango, SOS Colombie

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